Let’s start over again – Muse, Exogenesis, 3ème partie

 

Encore un morceau qui n’a pas caracolé en tête du hit-parade, contrairement au groupe qui en est le créateur, et qui pourtant mérite qu’on s’y arrête un moment. Oui, il y a peut-être plus « musien » que la « symphonie » Exogenesis dans l’album The Resistance, qui est vraiment un très chouette album, néanmoins c’est un très beau dialogue du piano, qui entonne une ballade très douce au début, du violon qui l’accompagne imperturbablement après quelques mesures, et de la batterie qui murmure puis déferle à mi-temps, avec la même élégance que dans le premier mouvement d’Exogenesis- qui a illustré une publicité pour un célèbre parfum masculin, porté par un non moins célèbre acteur. Et je ne compte pas Matthew Bellamy pour des prunes, certes non ! D’une voix puissante, il ouvre une troisième voie glorieuse dans le grand écart de la conquête poétique et de la fuite suicidaire, par amertume, désespoir ; insatisfaction, dans les deux cas, devant un état de fait. « Let’s start over again » : la réconciliation et la révolution pour soi, pour autrui sont des options qui, comme l’illustre la chanson admirablement, germent avec peine, mais sont ensuite voués à un succès retentissant. L’idée à peine implicite, mais que l’on peut élargir métaphoriquement est celle de la dernière chance amoureuse. « This time we’ll get it… / We’ll get it right / It’s our last chance to forgive ourselves », avec un ton à la fois cérémonieux et tragique dans cette dernière sentence de Bellamy. Quand la batterie s’éclipse, on comprend le sens de ces mots : tout reste à faire, la flambée de joie redevient une flamme délicate et vulnérable, c’est le dernier essai mais malgré la reprise du thème du début au piano, il y a un je ne sais quoi qui s’ajoute, une touche de bonheur, comme résiduel, qui rassérène, et qui compte pour beaucoup.

 

Exogenesis, partie 3, « Redemption » – Muse

 

Let's start over again - Muse, Exogenesis, 3ème partie dans Musique 20130530144004!Theresistance

The Resistance (2009) (en.wikipedia.org)

 

Publié dans:Musique |on 11 mai, 2015 |Pas de commentaires »

Politik

 

Politik

 

 

Politik dans Musique Coldplay-band-2003

Le groupe (100xr.com)

 

Parmi les chansons qui rentrent dans la tête, beaucoup ne doivent cette entrée VIP qu’à leur forme entêtante, à leur mélodie épouvantable à la longue, envahissante, ces derniers temps, le buzz a concerné une chanson de la Reine des neiges, qui n’a effectivement pas grand chose de rare. Mais celle que je propose aujourd’hui, qui est un morceau plutôt méconnu du célèbre groupe de rock alternatif Coldplay, mérite de rester dans ce refuge cérébral où d’autres ne font pas long feu, du moins j’espère que je serai convaincant.

Je reproduis les paroles ci-dessous. J’ai beau ne pas être un angliciste brillant ni un habitué des films en V.O. sans sous-titres, à mon grand dam, elles ne sont pas bien méchantes.

Look at the earth from outer space
Everyone must find a place
Give me time and give me space
Give me real, don’t give me fake
Give me strength, reserve control
Give me heart and give me soul
Give me time, give us a kiss
Tell me your own politik

[Chorus] [Refrain]
And open up your eyes
Open up your eyes
Open up your eyes
Just open up your eyes

Give me one, ’cause one is best
In confusion, confidence
Give me peace of mind and trust
Don’t forget the rest of us
Give me strength, reserve control
Give me heart and give me soul
Wounds that heal and cracks that fix
Tell me your own politik

[Chorus] [Refrain]

But give me love over, love over, love over this, ahhh
And give me love over, love over, love over this, ahhh 

J’ai beau avoir fouillé le net, il a eu raison de moi : j’ai trouvé peu d’interprétations du texte, que je trouve pourtant fort intéressant. La musique est magnifique, la batterie proprement exceptionnelle (Whiplash est au passage un film qui fait vraiment voir la batterie d’un oeil nouveau et curieux), et le piano d’une grande précision, quand à Chris Martin, il est au sommet de son art : de manière générale, ce deuxième album du groupe est avec le précédent et le suivant la quintessence de l’inventivité du groupe. Je pourrais ne rien tenter sur le texte, mais je prends le risque.

La deuxième partie du morceau, absolument brillante, me fait penser à un cantique ou plutôt à une prière adressée, en fait, à un « tu » (you, j’exagère quand même!) qui est assez énigmatique. Cette suite de demandes, adressées à une entité « in outer space », mieux que le ciel, littéralement, l’espace, le cosmos. Cette grande toile où l’on cherche une transcendance peut-être vaine : le texte est plus profond qu’il n’y paraît : le « cosmos », qui désigne autant le « grand tout », qu’il est la racine de « cosmétique », est un ensemble bien ordonné, où chaque chose est bien à sa place, avec ses dimensions et son rôle propre. J’aime assez le postulat posé après la première interpellation : regarde-moi de partout, tout qui est l’essence de l’ordre de tout, en effet tout le monde doit trouver une place. Et la suite des demandes me rappelle un peu ces contes où le héros reçoit l’objet qui le relie précisément à l’accomplissement de sa tâche, les enfants Pevensie recevant l’arc, la fiole, l’épée… qui en feront des rois. Mais ici, point d’héroïsme, c’est une autorisation à vivre a minima : le temps et l’espace, le coeur et l’âme, la réference finalement assez platonicienne dans ce poème cosmique au vrai et au faux (la tournure est adjectivale). Le temps, preuve que rien n’est laissé au hasard à la fin, revient comme ce qui compte le plus, le sine qua non, s’il fallait choisir entre l’espace qui porte davantage l’idée d’une domination (voir la célébrissime Viva la Vida du même groupe, où l’espace, from the « world » to the « streets » traduit surtout le pouvoir personnel, la direction (I used to rule the world), et le temps qui, il me semble, évoque plutôt la survie : pas même les traces qui resteront de notre passage, ce que Quignard définit parfaitement comme « la discipline d’une vie où aucun jour n’est férié » (Monsieur de Sainte Colombe dans Tous les matins du monde).

Ce que j’adore dans ce texte, c’est aussi l’ambiguité de ce terme « Give », donne-moi. On peut hésiter entre donne-moi et donne-moi d’avoir, permets-moi de développer… Il y a dans ce même terme les deux penchants possibles : tout entendre de la providence, le coup de foudre dans le métro, les gènes de Jeanne Calment, ou bien provoquer la chance, s’encourager soi-même. Il y a des moments, l’expression est très juste, où nos forces nous abandonnent, où nous perdons jusqu’à l’espoir, où l’on est perdu sans retour, et l’on s’en remet à l’Indicible, l’option d’un monde ordonné par un créateur dont chaque acte concourt à un Bien parfait et cosmique, auquel nous avons certainement notre part. Et ce serait un cri de désespoir, d’impatience que cette relance « Open up your eyes » : ce grand horloger serait négligent. Et c’est ainsi que je vois « Politik » comme cette réponse qui jamais n’arrive, ce mot tarabiscotté, allemand mais ici déformation désignant autre chose que ce qui y ressemble n’est pas innocent : ce sont le cours même de la vie et les décisions, les lois qui le sous-tendent.

Alors, je me dis ceci : peut-être ce ‘tu’ est la personne aimée, à qui l’on demande sa « politik » bien particulière, à qui l’on demande sa chance (il y a bien un baiser, « kiss »), à qui l’on demande espace et temps, communion d’âme et de coeur. A chacun son option pour recevoir l’amour qui lui manque, après tout. La puissance de l’amour requis est tout entière dans ce juste, « Just open up… »

Mais peut-être « tu » est-il aussi « je », et entendre la chanson comme un monologue, un accord avec soi-même pour ne pas faiblir, ne pas se mentir est quelque chose qui me plaît beaucoup, qui laisse la place à la personne aimée et un créateur : c’est le seul sens que je donne à la vie, se dépasser en permanence, jouir du temps et de l’espace, dans une « peace of mind » en ayant pour seul fin le bonheur de toucher du doigt le cosmos. Au fond ordre et beauté suffisent, luxe calme et volupté sont peut-être superflus. Ordre et beauté, qui l’un dans l’autre sont l’amour, « love over this », malgré les blessures, « wounds » et « cracks », deux mots et deux sonorités, non vraiment, c’est une chanson remarquablement composée : elle résiste à la facilité, « give me one » (femme, but, raison de vivre, opinion, maxime, le choix est vaste). Il y aurait beaucoup à dire encore, je suis peut-être trop vague, j’aurais peut-être du mettre la chanson seulement. Mais avec des mains même calleuses, il faut faire vivre l’art, et se jeter dedans à corps perdu. Mais la musique d’abord !

20110120162055!A_Rush_of_Blood_to_the_Head amour dans Musique

Couverture de l’album  » A rush of blood to the head » (upload.wikimedia.org)

 

Publié dans:Musique |on 5 mai, 2015 |Pas de commentaires »

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