Icare – Jarosław Iwaszkiewicz, musique de Szymanowski

 

Je demande pardon à qui s’aventurera dans cet article, pour son volume assez inhabituel, mais comme il s’agit aujourd’hui d’honorer une nouvelle magistrale, de surcroît composée par un cousin éloigné du compositeur Karol Szymanowski, il m’a fallu rendre hommage à ces deux monstres sacrés de la culture polonaise du XXème siècle. Il est vrai que les lettres polonaises se sont taillé une part de choix sur ce blog depuis un mois, et cela tient vraisemblablement à l’obscurité dans laquelle sont plongées celles-ci pour le lecteur français. Qu’à cela ne tienne : je suis en mesure de proposer à la lecture une nouvelle de Jarosław Iwaszkiewicz (1894-1980), polygraphe célébrissime dans sa patrie, mais aussi figure majeure de la résistance durant la Seconde Guerre (sa maison à Stawisko, près de Varsovie, était un haut lieu de rencontre entre intellectuels résistants). La reconnaissance lui vint d’abord pour sa poésie, et on le tient pour un des plus grands nouvellistes polonais : à vous d’en juger avec Icare, qui relève vraiment du prodige, de la grâce absolue et de l’horreur totale. En accompagnement, une pièce de Karol Szymanowski (1882-1937), autre gloire éclipsée des arts polonais, l’étude op. 4 no. 3 interprétée par son jeune homonyme (à défaut de cette précision, c’est peut-être seulement son homonyme et non son descendant) Michał Szymanowski.

 

ICARE

 

Il existe un tableau de Bruegel, intitulé « La Chute d’Icare ». Un paysan y laboure la terre sur un rivage escarpé, un berger insouciant fait paître son troupeau, un pêcheur retire ses lignes de l’eau, une ville tranquille semble sommeiller dans le lointain. Un navire, toutes voiles dehors, vogue sur la mer. À bord, des marchands discutent affaires. Bref, la vie s’écoule, avec ses soucis quotidiens, ses tensions journalières, ses occupations et ses tracas ordinaires. Où est Icare ? Où est celui qui tenta de voler jusqu’au soleil ? Ce n’est qu’en examinant attentivement le tableau que l’on aperçoit dans la mer deux jambes sortant de l’eau et quelques plumes voletant au-dessus des flots, arrachées par la violence de la chute aux ailes construites pourtant avec ingéniosité. Icare vient juste de tomber. Le téméraire, selon la légende grecque, s’était attaché des ailes pour pour s’élever très haut et s’approcher du soleil. Les rayons de l’astre firent fondre la cire qui retenait les rangées de plumes à ses ailes et le jeune homme tomba.La tragédie s’est accomplie, mais les hommes ne l’ont pas remarqué. Ni le paysan qui labourait sa terre, ni le marchand voguant au loin, ni le berger qui regardait le ciel -personne n’a remarqué la chute d’Icare. Seul le poète, ou le peintre, a vu cette mort et l’a transmise à la postérité. 
Je me remémore ce tableau chaque fois que je songe à un événement dont je fus le témoin. C’était au mois de juin 1942 ou 1943. Un beau soir d’été descendait sur Varsovie et des lueurs roses jetaient des ombres gracieuses sur des murs délabrés. La course frénétique des gens pressés de rentrer chez eux, se hâtant de prendre le tramway avant le couvre-feu, noyait dans la foule de vêtements civils les uniformes militaires, de plus en plus rares à cette heure. À ce moment de la journée, les rues animées de Varsovie, embellies par ce magnifique temps de juin, semblaient, l’espace d’un instant, libres de l’occupant. L’espace d’un instant…
 
Je me trouvais à l’arrêt de tramway, au coin de la rue Trebacka et de la rue Krakowskie Przedmiescie. Les tramways tintaient, alignant les unes derrière les autres leurs carcasses rouges, le long de Krakowskie Przedmiescie. Les gens se poussaient par paquets à l’intérieur, s’agglutinaient sur les marches, s’accrochaient sur les tampons, pendaient en grappes à l’arrière et sur les côtés. De temps à autre, un zéro rouge filait, réservé uniquement aux Allemands, et donc presque vide. J’attendis assez longtemps une voiture dans laquelle il fût plus aisé de monter. Elle arriva mais je n’y montai pas, ayant brusquement pris goût à cette foule qui m’entourait, indifférent à moi-même. Devant moi, Mickiewicz se dressait haut sur son piédestal ; des modestes fleurs parfumées poussaient autour du monument ; devant l’église des Carmélites, les voitures tournaient en crissant leurs pneus ; au milieu des cris, des vendeurs de journaux, des marchands de cigarettes et de gâteaux fourmillaient devant un magasin étincelant dont on fermait les stores avec fracas ; on descendait les grilles sur les portes et les fenêtres des entrepôts ; dans le petit square, où jeunes et vieux occupaient les bancs jusqu’aux dernières places, des moineaux pépiaient, tout aussi serrés sur les arbres chétifs. Tout sombrait lentement dans le crépuscule bleu de ce soir d’été. En cet instant, j’entendais le cœur battant de Varsovie et, malgré moi, je m’attardais parmi les hommes, pour continuer à savourer avec eux cette soirée d’été en ville.
À ce moment, j’aperçus un jeune garçon qui, venant sans doute de la rue Bednarska, dépassa assez imprudemment la carlingue rouge du tramway qui démarrait. Il s’arrêta sur le terre-plein, face à la chaussée, le dos à la cohue, les yeux fixés sur un livre, avec lequel il semblait avoir émergé du crépuscule, qui virait maintenant au gris. Il n’avait pas plus de quinze ou seize ans. En lisant, il secouait de temps à autre sa chevelure blonde, écartant les mèches qui lui tombaient sur le front. Un second livre dépassait de sa poche latérale. Quant à l’autre, il le tenait plié devant les yeux, ne pouvant visiblement s’en détacher. Il venait sans doute de se le procurer auprès d’un camarade ou dans une bibliothèque clandestine et, sans attendre d’être rentré à la maison, il voulait en commencer la lecture tout de suite, dans la rue. Je regrettai de ne pas savoir de quel livre il s’agissait, de loin il ressemblait à un manuel, mais aucun manuel ne sucite un tel intérêt chez un jeune homme. Peut-être étaient-ce des poèmes ? Ou un livre d’économie ? Je ne sais pas.
Le garçon resta un instant sur le terre-plein, plongé dans sa lecture. Il ne prenait pas garde à la bousculade, à la foule qui se pressait dans les wagons. Plusieurs traînées rouges passèrent derrière lui, il ne détournait pas les yeux de son livre. Soit qu’il en eût eu assez de la bousculade et des cris autour de lui, soit qu’il eût ressenti soudain inconsciemment la nécessité de rentrer rapidement chez lui, je le vis descendre sur la chaussée, les yeux longtemps rivés sur son livre, fonçant droit vers une voiture.
La voiture freina brutalement, faisant crisser ses pneus sur l’asphalte et, pour éviter le garçon, elle braqua violemment et s’arrêta net, juste avant le coin de la rue Trebacka. Je vis avec effroi qu’il s’agissait d’une ambulance de la gestapo. Le jeune homme voulut contourner la voiture. Mais, à cet instant, la portière arrière de l’ambulance s’ouvrit et deux individus sortirent, coiffés de casques à tête de mort. Ils se trouvèrent juste à côté du garçon. L’un d’eux cria d’une voix gutturale, l’autre l’invita d’un geste rond et railleur à monter dans l’ambulance. 
Je vois encore ce jeune homme immobile devant la portière, gêné, confus… Il faisait un mouvement naïf de la tête pour dire non, tel un enfant promettant que plus jamais il ne… « Je n’ai rien fait, semblait-il dire, j’ai juste… » Il désignait le livre comme la cause de son inattention. Comme si l’on pouvait, en l’occurrence, expliquer quoi que ce soit. Il refusait de monter dans l’ambulance, poussé par un dernier sursaut de sa vie perdue.
 Le gendarme exigea ses papiers, arracha la kenkarte* que le garçon venait de sortir et d’un geste violent le poussa à l’intérieur. Le second vint à la rescousse, le garçon finit par monter, les hommes de la gestapo derrière lui. La portière claqua et l’ambulance, démarrant en trombe, se dirigea à vive allure vers l’allée de Szuch…
Je la perdis de vue. Je regardai autour de moi, en quête d’une explication, d’une marque de compassion pour ce qui venait d’arriver. Un jeune homme venait de mourir. À ma stupeur, je réalisai que personne n’avait remarqué cet événement. Tout s’est déroulé si rapidement, chacun était tellement absorbé par sa hâte, que l’enlèvement du jeune homme était passé inaperçu. Les dames, qui se trouvaient juste à côté de moi, se querellaient pour savoir par quel tramway il leur serait plus commode de rentrer, deux messieurs allumaient leur cigarette derrière le poteau de l’arrêt ; à côté de son panier posé au pied du mur, une marchande ne cessait de répéter, comme une incantation bouddhiste : « Citrons, citrons, mes beaux citrons » ; de jeunes garçons traversaient la rue en courant derrière les tramways qui démarraient, au risque de tomber sur d’autres voitures. Mickiewicz se dressait tranquillement, les fleurs embaumaient, les petits bouleaux et les sorbiers à côté du monument se balançaient, agités par un vent léger, la disparition de ce jeune garçon ne signifiait rien pour personne. J’étais seul à avoir remarqué qu’Icare venait de se noyer.
Je restai encore longtemps immobile, attendant que le foule se dissipât. Je pensais que « Michas » – c’est ainsi que je le nommais – reviendrait peut-être. J’imaginais sa maison, ses parents attendant son retour, sa mère préparant le repas du soir, et je ne pouvais supporter l’idée qu’ils ne sauraient jamais comment leur fils était mort. Je ne pensais pas, connaissant les habitudes de nos occupants, qu’il pût s’arracher à leurs griffes, il s’était laissé prendre si bêtement !  La cruauté gratuite de cet enlèvement me bouleversa profondément, et m’émeut encore aujourd’hui. 
Ceux qui allaient périr au combat savaient pourquoi – peut-être éprouvaient-ils une consolation à l’idée que leur mort aurait un sens. Mais combien y en eut-il comme cet Icare, qui disparaissaient dans l’océan de l’oubli pour une raison cruelle et absurde.
Le soir tombait, la ville s’endormait d’un sommeil lourd et fébrile… Je quittai enfin l’arrêt et, dépassant le monument de Mickiewicz, je rentrai à pied… Mais l’image de Michas continua de me poursuivre, il secouait la tête pour dire « Non, non, c’est seulement la faute de ce livre… je ferai attention maintenant… »

 

« Icare », dans le recueil de nouvelles Icare, Editions Complexe, 1990, pp. 7-13, trad. Marie Bouvard

 

 

Icare - Jarosław Iwaszkiewicz, musique de Szymanowski dans Littérature (à l'exception de la poésie) 9480e01d-4177-4807-8c5e-4b6d9499470a

Jarosław Iwaszkiewicz (static.prsa.pl)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Etude op. 4 no. 3 – Karol, Michał Szymanowski

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Karol Szymanowski (wikimedia.org)

 

 

 

 

 

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Michał Szymanowski (cdaccord.com.pl)

 

 

 

 

 

 

 

Musiques du cygne

 

 

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Franz Liszt (wikimedia.org)

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Franz Schubert (oxfordlieder.co.u

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici un nouveau tryptique, qui n’est pas d’une originalité formidable, mais qui a le mérite de réunir trois grands compositeurs autour d’un thème archipoétique, archiclassique, battu et rebattu, livrant néanmoins chacun des pièces d’exception. Je pense au Chant du Cygne, de l’autrichien Franz Schubert (1797-1828) (dans la transcription de Franz Liszt, 1811-1886, pour piano), au Cygne du français Camille Saint-Saëns (1835-1921) et au Lac des cygnes, du russe Tchaïkovsky (1840-1893). Bien sûr, pour le ballet de Tchaïkovski, j’avais l’embarras du choix, mais la valse du premier acte me charme singulièrement. Bonne écoute !

Le Chant du Cygne (Ständchen) – Schubert, Liszt, Horowitz

Le Lac des Cygnes, acte I, Valse – Tchaïkovski, orchestre de Philadelphie

« Le Cygne » in Le Carnaval des Animaux – Saint-Saëns, Jeremy Nicholas

 

Saint-Saens Liszt

Camille Saint-Saëns (hberlioz.com)

70029-004-74AD88C3 Piano

Piotr Ilitch Tchaïkovski (britannica.com)

 

Publié dans:Musique |on 23 mai, 2015 |Pas de commentaires »

« Au fond du coeur une ville d’Is » – Renan, sur un air de Debussy

 

Ernest Renan (les-crises.fr)

Aujourd’hui, un texte et comme une musique d’accompagnement. Hier, Cafavy nous montrait ce que signifient les Ithaques, le terme d’un fructueux chemin de la vie. Les « images » et « réflexions » que rapporte Ernest Renan dans son magnifique livre de souvenir, Souvenirs d’enfance et de jeunesse, constituent une sorte de testament spirituel du grand scientifique et de l’exégète révolutionnaire qu’il fut, mais surtout de l’enfant breton, d’une foi vibrante, imprégné de sagesse populaire par les récits de sa mère et l’éducation « des bons prêtres ». Hier, le chemin en avant ; aujourd’hui, c’est une quête des origines, le chemin en arrière : il a beau être tout tracé désormais, il ne laisse pas de receler de mystérieux airs oubliés. Le rationaliste intransigeant, à l’heure du retour à sa prime jeunesse, soutient ceci : « Presque tous nous sommes doubles. Plus l’homme se développe par la tête, plus il rêve le pôle contraire, c’est-à-dire l’irrationnel, le repos dans la complète ignorante, la femme qui n’est que femme, l’être instinctif qui n’agit que par l’impulsion d’une conscience obscure » ; et c’est ainsi qu’avant ce brin d’explication, le livre s’ouvre sur l’histoire de la légendaire ville d’Is :

 

« Une des légendes les plus répandues en Bretagne est celle d’ une prétendue ville d’Is, qui, à une époque inconnue, aurait été engloutie par la mer. On montre, à divers endroits de la côte, l’emplacement de cette cité fabuleuse, et les pêcheurs vous en font d’étranges récits. Les jours de tempête, assurent-ils, on voit, dans le creux des vagues, le sommet des flèches de ses églises ; les jours de calme, on entend monter de l’abîme le son de ses cloches, modulant l’hymne du jour. Il me semble souvent que j’ai au fond du cœur une ville d’Is qui sonne encore des cloches obstinées à convoquer aux offices sacrés des fidèles qui n’ entendent plus. Parfois je m’arrête pour prêter l’oreille à ces tremblantes vibrations, qui me paraissent venir de profondeurs infinies, comme des voix d’un autre monde. Aux approches de la vieillesse surtout, j’ai pris plaisir, pendant le repos de l’été, à recueillir ces bruits lointains d’ une Atlantide disparue. »

En accompagnement donc de cet incipit majestueux, pourquoi ne pas prêter soi-même l’oreille aux cloches pianistiques d’une cathédrale engloutie, sonnées par Claude Debussy dans l’un de ses plus illustres préludes, et Nelson Freire, grand pianiste brésilien contemporain, dont le jeu ciselé honore à souhait la poésie toute mélancolique et onirique du prélude ?

 

La cathédrale engloutie, Claude Debussy, Préludes, I, 10, interprétation de Nelson Freire

 

debussy autobiograpie dans Musique

Claude Debussy (lamusiqueclassique.com)

 

debussy-freire Cavafy

Nelson Freire, album Debussy (classictoulouse.com)

 

Sortes de douceur – la harpe, la rêverie, la photographie

Sortes de douceur - la harpe, la rêverie, la photographie dans Musique Arcade-Fire-2

Arcade Fire (indiepoprock.fr)

 

Je me suis laissé convaincre, en trottant autour de cette idée, par le format d’un triptyque musical, d’une libre association de morceaux appartenant délibérément à des époques et des climats variés. Après trois musiques élémentaires, voilà mon offre du jour. Trois murmures, l’étude « Harpe éolienne » de Chopin dans l’exquise version de Vladimir Horowitz (s’il vous donne des boutons, ne vous jetez à aucun prix dans les bras de Lang Lang qui défigure abominablement cette pièce enchanteresse), une étude d’un compositeur et pianiste russe encore de ce monde, Nikolai Kapustin, au doux nom de « Rêverie », et pour terminer un extrait de la bande originale du remarquable film de Spike Jonze, Her, une bande-annonce vraiment léchée par le groupe Arcade Fire. C’est la même histoire que pour le triptyque précédent : je vais de l’une à l’autre, bercé par leurs bras confondus, confondu par cette plénitude aux tons si caressants. Puissiez-vous en faire autant, et varier vos propres combinaisons de douceur, si le coeur vous en dit ; dans mon bouquet, harpe, rêverie et photographie.

 

Etude n°1 op. 25, « Harpe éolienne » – Vladimir Horowitz

Nikolai Kapustin, Huit études de concert, pour « Rêverie » se rendre à 2:08

« Photograph », tiré de la bande-son originale du film Her (de Spike Jonze) – Arcade Fire

 

 

13330 Arcade Fire dans Musique

Nikolai Kapustin (d154044.u31.europeserver.nl)

 

 

HER_QUAD_AW-low-res_0 Chopin

Vraiment, ce film vaut le détour (psychologies.co.uk)

 

 

 

 

Publié dans:Musique |on 14 mai, 2015 |Pas de commentaires »

Let’s start over again – Muse, Exogenesis, 3ème partie

 

Encore un morceau qui n’a pas caracolé en tête du hit-parade, contrairement au groupe qui en est le créateur, et qui pourtant mérite qu’on s’y arrête un moment. Oui, il y a peut-être plus « musien » que la « symphonie » Exogenesis dans l’album The Resistance, qui est vraiment un très chouette album, néanmoins c’est un très beau dialogue du piano, qui entonne une ballade très douce au début, du violon qui l’accompagne imperturbablement après quelques mesures, et de la batterie qui murmure puis déferle à mi-temps, avec la même élégance que dans le premier mouvement d’Exogenesis- qui a illustré une publicité pour un célèbre parfum masculin, porté par un non moins célèbre acteur. Et je ne compte pas Matthew Bellamy pour des prunes, certes non ! D’une voix puissante, il ouvre une troisième voie glorieuse dans le grand écart de la conquête poétique et de la fuite suicidaire, par amertume, désespoir ; insatisfaction, dans les deux cas, devant un état de fait. « Let’s start over again » : la réconciliation et la révolution pour soi, pour autrui sont des options qui, comme l’illustre la chanson admirablement, germent avec peine, mais sont ensuite voués à un succès retentissant. L’idée à peine implicite, mais que l’on peut élargir métaphoriquement est celle de la dernière chance amoureuse. « This time we’ll get it… / We’ll get it right / It’s our last chance to forgive ourselves », avec un ton à la fois cérémonieux et tragique dans cette dernière sentence de Bellamy. Quand la batterie s’éclipse, on comprend le sens de ces mots : tout reste à faire, la flambée de joie redevient une flamme délicate et vulnérable, c’est le dernier essai mais malgré la reprise du thème du début au piano, il y a un je ne sais quoi qui s’ajoute, une touche de bonheur, comme résiduel, qui rassérène, et qui compte pour beaucoup.

 

Exogenesis, partie 3, « Redemption » – Muse

 

Let's start over again - Muse, Exogenesis, 3ème partie dans Musique 20130530144004!Theresistance

The Resistance (2009) (en.wikipedia.org)

 

Publié dans:Musique |on 11 mai, 2015 |Pas de commentaires »

De Chopin à Eiges : musiques élémentaires

 

De Chopin à Eiges : musiques élémentaires dans Musique

Frédéric Chopin (wikimedia.org)

alexandre_scriabine Argerich dans Musique

Alexandre Scriabine (alexandrebaty.com)

10915999 Eiges

Oleg Eiges (userserve-ak.last.fm)

 

Je propose aujourd’hui un chemin de musique, si l’expression m’est permise. Trois grands pianistes, très inégalement célèbres, trois générations différentes, et trois oeuvres que j’écoute invariablement ensemble. L’une me rappelle immanquablement l’autre,  et je sens que cela tient au caractère élémentaire et déchaîné de ces trois pièces, composées par Frédéric Chopin (1810-1849), Alexandre Scriabine (1872-1915) et Oleg Eiges (1905-1992). Le titre des deux premières (« Raindrop » prelude, Vers la flamme) renvoie explicitement à deux éléments souvent violents, et le caractère tragique du premier, par exemple, fait plutôt penser à un déluge, si ce n’est au Déluge, qu’à une petite averse printanière. Vers la flamme me fait penser au papillon de nuit, fasciné par cette lueur dévorante qu’il approche petit à petit et qui le consume, mais encore une fois le spectacle est bien plus oppressant que cette petite fable chez Scriabine. Quant à Eiges, il fait un peu figure d’ovni, c’est un compositeur quasiment oublié, à part en Russie, mais qui offre avec la sonate-toccata n°4 une expérience musicale inouïe, même si cette sonate appartient à sa période scriabinienne. Même si l’atmosphère s’assombrit au fil du parcours que je présente, la sonate s’achève sur un feu d’artifice beau à en pleurer.

1. Raindrop prelude, Chopin – Argerich

2. Vers la flamme, Scriabine – Sokolov (live!)

3. Sonate-Toccata n°4, Eiges-…

 

Bien entendu, les liens Youtube que j’ai séléctionnés ne font pas parole d’Evangile, on peut facilement trouver d’autres interprétations des deux premiers ; mais j’admire la courage, le talent et la carrière de Martha Argerich, et Grigory Sokolov étant peut-être le plus grand pianiste actuellement en vie – les chanceux qui comme moi ont eu le privilège de l’entendre et de le voir à Toulouse un soir de mai 2014 seraient bien les derniers à me contredire – et russe qui plus est, il naturellement sublime sur une pièce aussi extatique que Vers la flamme. Quant au dernier morceau, je ne connais pas l’interprète, mais il a toute ma gratitude et si un lecteur a cette réponse, je l’invite à me permettre de lui rendre justice.

GrigorySokolov-1 éléments

Grigory Sokolov (amcmusic.com)

martha_argerich Frédéric Chopin

Martha Argerich (francemusique.fr)

Publié dans:Musique |on 7 mai, 2015 |Pas de commentaires »

Une ouverture – « Metamorphosis », 56’10 ‘ ‘

https://www.youtube.com/watch?v=_hMw1C6fPt8

Pour prouver ma bonne foi, en quelque sorte, mais aussi et surtout parce que je laisse librement mon goût présider à la garniture de ce site, je fais aujourd’hui appel à un compositeur encore en vie, un artiste contemporain, donc, né dans le Maryland en 1937. Ce n’est pas vraiment le genre que l’on étudie ardemment en cours de musique au collège, c’est un pionnier de la musique minimaliste. Je ne vous cacherai pas mes scrupules : j’avais lu un article sur le minimalisme avant d’écouter Glass, aussi ne m’attendais-je pas à être secoué : j’avais entendu, par le hasard d’une radio laissée allumée très tard dans la nuit, Jesus Blood Never Failed Me Yet de Gavin Bryars, auquel il faut absolument que je consacre un article. Mais Philip Glass était réputé plus minimaliste encore : le travail entêtant autour d’un même thème, parfois à peine varié, au piano seul, me laissait perplexe, mais à tout prendre, rien n’est fixé tant que je ne me suis pas jeté à l’eau, me disais-je.

C’est ainsi que j’ai découvert il y a deux ou trois ans cet album, où l’interprète Branka Parlic rend particulièrement bien honneur à Glass. Tout l’album mérite la plus grande attention, c’est une musique assez sombre, et assez violente, qui me semble incontestablement belle, en particulier les pistes « Madrush », « Wichita Wortex Sutra », « Opening » ainsi que « The Hours ». Mais si j’ai appelé cet article « Une ouverture », c’est parce qu’Opening, bien que très court, m’ouvre à un vrai univers, original : j’ai un faible pour les musiques tristes, et je crois que la technique minimaliste rend vraiment service à ce genre d’émotion. Très calmement, mais au fond dans la plus grande agitation. Une sorte de ritournelle de l’espoir, les notes remontent vers l’aigu, redescendent insensiblement, et cela recommence encore et encore, jusqu’à l’apaisement final… où l’on pourrait repartir sur le début du morceau.

Et je lis en cherchant une illustration que Philip Glass réfute le terme de musique répétitive, au titre qu’il le trouve trop « restrictif ». Qu’en pensez-vous ?

Je joins un cliché de l’interprète, non pas que je sois un fan avéré, mais je trouve que sa version d’Opening est de loin la plus percutante, la plus nuancée, mais je suis bien loin de connaître tous les enregistrements…

 

Une ouverture -

Philip Glass (http://blog.lefigaro.fr/deletraz/2009/11/le-debarquement-de-philip-glas.html)

49655485 Branka Parlic dans Musique

Branka Parlic
(http://userserve-ak.last.fm/serve/252/49655485.jpg)

 

 

Publié dans:Musique |on 26 avril, 2015 |Pas de commentaires »

Horowitz et Mozart, 1986

Volodia

Je ne peux pas me cacher : j’éprouve une passion très vive pour la musique classique, et même si mes prédilections s’étendent plus loin que cette catégorie, il me faut poster ce lien, cette journée de 1986 où Vladimir Horowitz joua le concerto 23 pour piano et orchestre de Mozart. Une rencontre entre deux immenses artistes, cela va sans dire. Mais voyez le sourire de cet homme, la fraîcheur de son jeu, (et ne manquez la blagounette de la fin sur la cravate)… Il n’a rien à ajouter, il n’est que d’écouter.

Alors, bien sûr, j’ai promis que je ne me limiterai pas à ce que d’aucuns appellent dédaigneusement la grande Culture. D’une, parce que ce genre de distinction n’a aucun sens, il n’y a de grands que de musiciens, de poètes, de romanciers, d’humoristes, de chanteurs… et il y a pour eux, à chaque époque, des auditeurs, des lecteurs qui par leur attention et leur bienveillance, plutôt qu’en vertu d’un don fumeux, les reçoivent. De deux : je crois sincèrement que ceux qui véhiculent à grand renfort de précaution et d’emphase cette Culture n’aiment pas la culture, s’en méfient comme d’un traquenard, un coupe-gorge où seules compteraient les défaites. Vous voyez de quoi je parle, un gala, une conversation qui tombe à plat : « Sérieusement, vous ne connaissez pas les scherzos de Chopin ? C’est bien la première fois que j’entends ça ». La culture, ou ce test impitoyable où une connaissance nominale, anecdotique d’oeuvres départage les bons et les crétins. Les élus et les ignares. L’Art pour l’Art, et l’art commercial, ritournelle. Comme si les potiers d’Athènes ne facturaient pas leurs cratères. Alors, je proposerai ce que certains abordent imperturbablement comme de la sous-culture, allez, au mieux du moyen de gamme, de l’art à peu près décoratif.

Voilà le deal : un jour, de la lecture ; l’autre jour, de quoi se rincer un peu les tympans. Je ne suis pas moi-même musicien, ni rat de bibliothèque. Mais je ne pense pas pour autant être disqualifié du Grand Jeu artistique. Et les bons jours, je mettrai un peu de musique et de littérature. Mais je risque de parler de restaurants et de films, et le reste viendra, au fur et à mesure. Je devrai parler de découvertes déjà faites par d’autres, d’artistes déjà médiatisés; Mais j’espère que, si quelqu’un me lit, il connaîtra au moins une fois le frisson de la nouveauté et de la beauté.

On dit souvent à propos d’un morceau de musique classique qui titille l’oreille, « ah, mais ça c’est dans le pub de…. ». C’est connaître sans connaître, diront certains. Or, ce mouvement du concerto a été repris pour un spot publicitaire d’Air France. Sur une grande plaine immaculée, deux amoureux – deux danseurs – exécutent une rotation de plus en plus rapide, qui pour moi représente on ne peut mieux l’étreinte. On ne parle que de publicité mensongère par ci, de publicité débile par là. Mais Air France a signé, avec ces deux partenaires, cette surface cristalline -peut-être un désert de sel ? – et cette musique, un petit bijou. Si vous ne l’avez pas vu : voilà l’argument fatal contre la Grande Culture.

Horowitz et Mozart, 1986 vladimirhorowitz

L’Ouragan des steppes (www.pollyannadarling.com)

Publié dans:Premiers articles |on 20 avril, 2015 |Pas de commentaires »

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