Songeant à tant de jours où je perds tout mon temps – Martial à Potitus

 

70. À POTITUS

 

Je ne produis qu’un livre tous les ans
Et, Potitus, tu blâmes ma paresse.
Parle plutôt de ma prouesse,
Songeant à tant de jours où je perds tout mon temps.
Là ce sont des amis qui me rendent visite
Le soir, car le matin je suis allé chez eux.
Ici je remercie, ailleurs je félicite,
Sans que nul ne me rende mes voeux.
Une autre fois, je signe au temple de Diane,
L’un prend ma première heure et l’autre mon midi ;
Le consul me demande, ou le prêteur. Je flâne :
Une procession qui passe m’étourdit.
Il faut bien aussi que je voie
Cet avocat, cet orateur,
Ce grammairien que l’on m’envoie
Pour un cas difficile. Un poète-lecteur
S’en vient encore me poursuivre
Et me tient tout le jour. Je dois quêter mon pain,
Et le soir, épuisé, je tombe dans mon bain.
Potitus, quand ferais-je un livre ?

 

Martial, Épigrammes, livre X, trad. Jean Malaparte, Gallimard Poésie

 

 

Songeant à tant de jours où je perds tout mon temps - Martial à Potitus dans Poésie Martialis

Martial (en.wikipedia.org)

 

 

 

 

Publié dans:Poésie |on 19 août, 2015 |Pas de commentaires »

Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté – Saint-Amand

 

Les régals de la paresse, ce poème, donc, ne serait-ce que pour la délicieuse comparaison du troisième vers, intemporelle, heureuse variante du « nid douillet », du « cocon ». Et quelle mise en scène finale de ce doux et vilain défaut !

 

Le paresseux

 

Accablé de paresse et de mélancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.

Là, sans me soucier des guerres d’Italie,
Du comte Palatin, ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté
Où mon âme en langueur est comme ensevelie.

Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,

Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.

 

 

Marc-Antoine Girard de Saint-Amand, « Le paresseux », Oeuvres complètes, 1631

 

 

Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté - Saint-Amand  dans Poésie marc-antoine-girard-de-saint-amant-2013-08-29-10-07-15

Saint-Amant (musebaroque.fr)

Publié dans:Poésie |on 1 juin, 2015 |Pas de commentaires »

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