Opus magnum – « La montre parfaite », André Hardellet

 

Le thème du chef d’oeuvre absolu traverse la création artistique depuis toujours, du Parthénon ou de l’Hermès portant Dionysos enfant au « Livre » total de Mallarmé, la liste est presque interminable ; sans doute est-ce une chimère commune à une grande partie de créateurs, au moins dans leurs débuts, que d’oeuvrer sans relâche et enfanter LE livre, LE tableau, LA musique…

De deux infortunes l’une, par paresse, oubli, on abandonne cette domination artistique de tout ; ensuite, le temps cruel enterre bien des chefs-d’oeuvre, et la mort qui efface ou dissumule les oeuvres s’en prend d’abord à l’homme dans l’artiste. Cette courte nouvelle d’Hardellet (1911-1974),qui n’est pas des mieux représentés sur les rayonnages des librairies et des bibliothèques et à tort, me fait singulièrement penser à une nouvelle virtuose de Borges (encore lui!), Funes el memorioso (Funès ou la mémoire)* : le récit de l’argentin, il est vrai, insiste davantage sur l’exception proprement psychologique du personnage mais s’achève de façon tout aussi pitoyable, et de part et d’autre, c’est le caractère total du génie de Funès et de Slade qui est le coeur du sujet :  ici transcrire dans la mémoire, avec une exactitude évidemment surhumaine, chaque instant et chaque imperceptible évolution du monde matériel ; là peindre le temps lui même, sous les traits d’une montre complète, totale, parfaite en un mot. Mais le récit peut se lire comme un splendide hommage à l’art en général, à la réception magique de celui-ci, prégnant dans les quatrième, cinquième et sixième paragraphes.

Voilà ce que cela donne : au passage, si vous êtes victime en lisant ce qui suit d’un coup de foudre en bonne et due forme, précipitez-vous sur le recueil d’où je tire ce morceau, La Cité Montgol, et faites-y votre miel !

* et le premier paragraphe n’est pas non plus sans rappeler le début d’une autre nouvelle célèbre du bibliothécaire de Buenos Aires, « Pierre Ménard, auteur du Quichotte ».

****

LA MONTRE PARFAITE
 
       À part quelques esquisses d’une authenticité douteuse, l’oeuvre de G. A. Slade se résume en un tableau de 1,80 m x 1,30 m figurant actuellement dans la collection Berg de Philadelphie. Il est intitulé : « La Montre Parfaite ».
      Slade mit quatorze ans pour l’achever (après maintes études qu’il détruisit) et mourut sans deviner le sort réservé à son chef-d’oeuvre. Berg ne le céderait pas contre des millions mais le manque de références ne permet pas de coter sa valeur – sa valeur marchande, bien entendu.
      La toile représente une montre sous tous ses aspects, sous tous les angles et, cela va sans dire, à toutes les heures du cadran. Elle est totale en ceci que vous la voyez non seulement de face, de dos, de trois quarts, de profil, etc., mais encore jusque dans les plus infimes rouages de son mécanisme intérieur. Slade devait peindre « en transparence » pour faire coexister, sur une surface restreinte, les innombrables apparences de la montre par rapport à chacun de ceux qu’il supposait la regarder. Le miracle est qu’il y parvint – et l’exténuante difficulté de la tâche nous laisse confondu.
      À ses rares confidents il avouait : « Imaginez quelqu’un qui sans bouger tournerait autour d’un objet, qui le saisirait en entier dans sa durée, qui obtiendrait un compromis entre l’immobilité et le mouvement – et vous excuserez peut-être ma folie. La connaissance m’apparaît comme un cercle dont le centre coïncide avec tous les points de la circonférence. » De tels propos ne pouvaient qu’accroître le discrédit qui le frappa de son vivant et même après sa mort.
      La perfection de la toile procure le vertige. Parmi l’inextricable (au premier abord) mélange de motifs superposés, tout à coup, surgit l’une des montres possibles. Mais à peine la distinguez-vous qu’une autre la remplace – la même, pourtant.
      Alors, avec de la patience et un rien de chimère dans les yeux, vous devenez cet unique et multiple spectateur placé aux quatre points cardinaux, ce privilégié qui rassemble en un instant perpétuel la course circulaire des aiguilles.
      Le fait que Slade ait choisi pour sujet de sa toile l’instrument qui concrétise le temps ajoute encore à son prestige. Mais, cette toile, il ne la vendit que trente dollars avant de mourir d’une cirrhose du foie dans un sordide garni de Harlem.
 

André Hardellet, « Le montre parfaite » in La Cité Montgol, Gallimard Poésie, 1998

Opus magnum -

André Hardellet (à droite), en compagnie de Georges Brassens (babelio.com)

 

 

 

 

Deux poèmes de Borges – pile, face, choisissons

 

Je suis particulièrement ébloui par l’usage que Borges fait des énumérations. Bien souvent, y compris en littérature, ce procédé n’échappe pas à une suspicion de remplissage, soit qu’il faille combler le vers boiteux, la page descriptive maladroite entre deux temps forts d’un récit… Au contraire, je n’ai jamais relevé un seul terme dans une énumération borgésienne dont il eût pu se passer, une seule image redondante – c’est le risque majeur – ou facile. Chaque mot compte, et plus que tout l’ordre compte, sans que l’énumération vire à la gradation forcée.

Deux poèmes aujourd’hui : devant le mystère et l’impénétrabilité des choses, devant une même difficulté à comprendre, à puiser au moins ce qui est suffisant pour continuer à vivre, il y a deux postures radicales ; la plupart d’entre nous oscille entre ces deux actes de foi décisifs, qui exigent une soumission totale, qui ne peuvent être qu’à condition d’être tout. Entre le suicide et la poésie, il y a une myriade de petites faiblesses, de bravoures ponctuelles, de lâchetés mineures et de défis d’un jour, d’une nuit. Il y a la vie de tous les jours, en somme, il y a le fait d’être homme ou femme, de vivre dans un siècle de réchauffement accéléré des océans et de l’atmosphère, de pardonner contre toute raison, d’être citoyen d’une démocratie non directe, il y a la relativité générale et cela occupe l’esprit généreusement pour qui s’invite à la fête de pensée : mais à quoi bon, au fond, tout ce « tintamarre de vie et de mort » (Omar Khayam) ?

Un homme du nom de Jorge Luis Borges écrivit deux poèmes, celui d’une échappée belle (ou laide), et celui d’un labeur sans fin et complice, dont voici une traduction. Le texte original est disponible à cette adresse : https://www.poeticous.com.

 

Le suicide

Il ne restera pas d’étoile dans la nuit.
Il ne restera pas de nuit.
Je mourrai et avec moi la somme
De l’intolérable univers.
J’effacerai les pyramides, les médailles,
Les continents et les visages.
J’effacerai l’accumulation du passé.
Je réduirai l’histoire en poussière, et la poussière en
poussière.
Je regarde le dernier couchant.
J’entends le dernier oiseau.
Je lègue le néant à personne.
 

La Rose profonde, 1975, trad. Jean-Pierre Bernès et Nestor Ibarra

 

(alternative : )

 

Le complice

On me crucifie et je dois être la croix et les clous.
On me tient la coupe et je dois être la ciguë.
On me trompe et je dois être le mensonge.
On me brûle et je dois être l’enfer.
Je dois rendre hommage et grâce à chaque parcelle du temps.
Ma nourriture est toute chose.
Le poids précis de l’univers, l’humiliation, la joie.
Je dois justifier ce qui me blesse.
Peu importe mon bonheur ou mon malheur.
Je suis le poète.

Le Chiffre, 1981, trad. Claude Esteban

 

Deux poèmes de Borges - pile, face, choisissons dans Poésie jorge-luis-borgesc2a9sara-facio

Borges et une parcelle de bibliothèque (ossembiblioteca.files.wordpress.com)

Publié dans:Poésie |on 10 mai, 2015 |2 Commentaires »

Retour dans le labyrinthe

Pour ceux qui le connaissent ne serait-ce qu’un peu, le motif du labyrinthe est récurrent dans l’oeuvre de Borges, pour notre plus grand bonheur. Effroi aussi. Et incertitude, comme dans ce très bref conte qui figure dans le recueil intitulé El aleph, où Borges présente l’histoire de ce même labyrinthe de Crète, pour ainsi dire, à l’envers. Ce n’est plus le point de vue du héros, du brave et beau Thésée qui est adopté, et il n’est question d’Ariane qu’à la toute fin. La parole est donnée à celui à qui toute une tradition littéraire ne s’est pas donné la peine de l’accorder. Et le résultat est, comme toujours chez Borges, un petit chef-d’oeuvre, dont l’interrogation porte bien sûr sur notre appréhension des mythes, sur notre goût pour les héros et notre crédulité quand il s’agit d’en récolter (et ce n’est pas qu’une question littéraire, assurément), mais aussi sur la solitude (difficile de ne pas avoir pitié du sort absurde du « monstre »), notre humanité (quel est le plus humain des deux, à la fin ?), sur notre réaction face à l’altérité. Mais de tant et tant d’autres choses que ce serait dire du mal de Borges que de prétendre pouvoir dire ce qui est intéressant dans son oeuvre. Tout y compte.

Mais c’en est assez. A mon « top » :

 

 

LA DEMEURE D’ASTERION

Et la reine donna le jour à un fils qui s’appela Astérion.

APOLLODORE, Bibl., III, L.

 

Je sais qu’on m’accuse d’orgueil, peut-être de misanthropie, peut-être de démence. Ces accusations (que je punirai le moment venu) sont ridicules. Il est exact que je ne sors pas de ma maison ; mais il est aussi exact que les portes de celle-ci (dont le nombre est infini) sont ouvertes jour et nuit aux hommes et aussi aux bêtes. Entre qui veut. Il ne trouvera pas de vains ornements féminins, ni l’étrange faste des palais, mais la tranquillité et la solitude. Il trouvera aussi une demeure comme il n’en existe aucune autre sur la surface de la terre. (Ceux qui prétendent qu’il y en a une semblable en Égypte sont des menteurs.) Jusqu’à mes calomniateurs reconnaissent qu’il n’y a pas un seul meuble dans la maison. Selon une autre fable grotesque, je serais, moi, Astérion, un prisonnier. Dois-je répéter qu’aucune porte n’est fermée ? Dois-je ajouter qu’il n’y a pas une seule serrure ? Du reste, il m’est arrivé, au crépuscule, de sortir dans la rue. Si je suis rentré avant la nuit, c’est à cause de la peur qu’ont provoquée en moi les visages des gens de la foule, visages sans relief ni couleur, comme la paume de la main. Le soleil était déjà couché. Mais le gémissement abandonné d’un enfant et les supplications stupides de la multitude m’avertirent que j’étais reconnu. Les gens priaient, fuyaient, s’agenouillaient. Certains montaient sur le perron du temple des Haches. D’autres ramassaient les pierres. L’un des passants, je crois, se cacha dans la mer. Ce n’est pas pour rien que ma mère est une reine. Je ne peux pas être confondu avec le vulgaire, quoique ma modestie le désire.

Je suis unique; c’est un fait. Ce qu’un homme peut communiquer à d’autres hommes ne m’intéresse pas. Comme le philosophe, je pense que l’art d’écrire ne peut rien transmettre. Tout détail importun et banal n’a pas place dans mon esprit, lequel est à la mesure du grand. Jamais je n’ai retenu la différence entre une lettre et une autre. Je ne sais quelle généreuse impatience m’a interdit d’apprendre à lire. Quelquefois, je le regrette, car les nuits et les jours sont longs.

Il est clair que je ne manque pas de distractions. Semblable au bélier qui s’apprête à charger, je me précipite dans les galeries de pierre jusqu’à tomber au sol, pris de vertige. Je me cache dans l’ombre d’une citerne ou au détour d’un couloir et j’imagine qu’on me poursuit. Il ya des terrasses d’où je me laisse tomber jusqu’à en rester ensanglanté. À toute heure, je joue à être endormi, fermant les yeux et respirant puissamment. (Parfois, j’ai dormi réellement, parfois la couleur du jour était changée quand j’ai ouvert les yeux.) Mais, de tant de jeux, je préfère le jeu de l’autre Astérion. Je me figure qu’il vient me rendre visite et que je lui montre la demeure. Avec de grandes marques de politesse, je lui dis: « Maintenant, nous débouchons dans une autre cour », ou : « Je te disais bien que cette conduite d’eau te plairait », ou : « Maintenant, tu vas voir une citerne que le sable a rempli », ou : « Tu vas voir comme bifurque la cave. » Quelquefois, je me trompe et nous rions tous deux de bon coeur.

Je ne me suis pas contenté d’inventer ce jeu. Je méditais sur ma demeure. Toutes les parties de celle-ci sont répétées plusieurs fois. Chaque endroit est un autre endroit. Il n’y a pas un puits, une cour, un abreuvoir, une mangeoire ; les mangeoires, les abreuvoirs, les cours, les puits sont quatorze (sont en nombre infini). Ma demeure est à l’échelle du monde ou pour être plus exact, elle est le monde. Cependant, à force de lasser les cours avec un puits et les galeries poussiéreuses de pierre grise, je me suis risqué dans la rue, j’ai vu le temple des Haches et la mer. Ceci,je ne l’ai pas compris, jusqu’à ce qu’une vision nocturne me révèle que les mers et les temples sont aussi quatorze (sont en nombre infini) .Tout est plusieurs fois, quatorze fois. Mais il y a deux choses au monde qui paraissent n’exister qu’une seule fois : là-haut le soleil enchaîné ; ici-bas Astérion. Peut-être ai-je créé les étoiles, le soleil et l’immense demeure, mais je ne m’en souviens plus.

Tous les neuf ans, neuf êtres humains pénètrent dans la maison pour que je les délivre de toute souffrance. J’entends leurs pas et leurs voix au fond des galeries de pierre, et je cours joyeusement à leur rencontre. Ils tombent l’un après l’autre, sans même que mes mains soient tachées de sang. Ils restent où ils sont tombés. Et leurs cadavres m’aident à distinguer des autres telle ou telle galerie. J’ignore qui ils sont. Mais je sais que l’un d’eux, au moment de mourir, annonça qu’un jour viendrait mon rédempteur. Depuis lors, la solitude ne me fait plus souffrir, parce que je sais que mon rédempteur existe et qu’à la fin il se lèvera sur la poussière. Si je pouvais entendre toutes les rumeurs du monde, je percevrais le bruit de ses pas. Pourvu qu’il me conduise dans un lieu où il y aura moins de galeries et moins de portes. Comment sera mon rédempteur ? Je me le demande. Sera-t-il un taureau ou un homme ? Sera-t-il un taureau à tête d’homme ? Ou sera-t-il comme moi ?

Le soleil du matin resplendissait sur l’épée de bronze. Il n’y restait déjà plus aucune trace de sang. « Le croiras-tu, Ariane ? dit Thésée, le Minotaure s’est à peine défendu. »

 

 

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Georges Frederick Watts – Le Minotaure (arretetonchar.fr)

P.S. : pour les hispanophones ou hispanistes en herbe, le texte original à cette adresse : http://www.mundolatino.org/cultura/borges/borges_6.htm

Publié dans:Premiers articles |on 25 avril, 2015 |Pas de commentaires »

El hilo de la fábula – Borges

Voilà la livraison du jour. Borges s’est déjà fait une place sur le site, c’est lui qui sourit près d’un tigre, son « dernier tigre », en bas de la page. C’est un des écrivains qu’aime le plus, et je ne laisse pas au hasard ce verbe « aimer » : il y a des auteurs que l’on parcourt avec un certain plaisir ou intérêt ; d’autres que l’on apprécie chaleureusement et que l’on recommande avec enthousiasme. Et puis, sans évoquer ceux que l’on ne peut pas voir en peinture, il y a ceux auxquels on retourne toujours, les fameux élus de « l’île déserte », ceux avec qui l’on vit désormais, indissolublement, pour le meilleur, et qui vivent en nous et nous parlent à l’improviste, ceux qui nous réveillent en sursaut la nuit, qui nous apaisent au petit matin, ou nous bercent avec la même douceur amène dans la nuit sombre. Ceux qu’on recommande avec l’énergie sans bornes d’une passion peu dangereuse, car en s’y frottant on s’y électrise soi-même toujours davantage : la magie opère toujours.

Borges est parmi les grandes âmes du siècle dernier, à ce qu’il me semble, l’une des plus douces, même s’il cède parfois au pessimisme, à certaine mélancolie de l’oubli, mais en grand penseur de l’infinité qu’il est, il parle à tous les hommes, et le fragment qui suit, à mon avis, est une variation décisive sur la condition humaine, et sur cette question qui n’a peut-être jamais autant hanté l’humanité qu’aujourd’hui, où l’instant présent toujours vaut pour l’instant d’après, où l’on râle parce que le prochain métro n’arrive que dans 4 minutes alors que des enfants au Kenya ou au Pérou mettent deux ou trois heures pour rejoindre leur école, par monts et par vaux, dans la pluie ou la boue, etc. Cette question, à laquelle répond Borges, brillamment et humblement, me paraît être en quelque sorte celle d’un sens de la vie, à la fois si simple et si difficile à « tenir ».

Mais il est plus que temps de laisser parler Jorge Luis Borges.

 

LE FIL DE LA FABLE

Le fil que la main d’Ariane glissa dans la main de Thésée (son autre main tenait l’épée) pour que celui-ci s’enfonce dans le labyrinthe et qu’il en découvre le centre, l’homme à la tête de taureau ou, comme le veut Dante, le taureau à la tête d’homme, et qu’il lui donne la mort et qu’il puisse enfin, sa prouesse accomplie, défaire les mailles de pierre et revenir vers elle, son amour. Les choses se passèrent ainsi. Thésée ne pouvait savoir que de l’autre côté du labyrinthe s’ouvrait l’autre labyrinthe, celui du temps, et que dans quelque lieu déjà établi se trouvait Médée. Le fil s’est perdu. Le labyrinthe s’est perdu, lui aussi. Nous ne savons même plus, maintenant, si c’est un labyrinthe qui nous entoure, un cosmos secret ou un chaos hasardeux. Notre beau devoir à nous est d’imaginer qu’il y a un labyrinthe et un fil. Jamais nous ne tiendrons le fil. Il se peut que nous le rencontrions et que nous le perdions dans un acte de foi, une cadence, un rêve, dans les mots que l’on nomme philosophique ou dans le simple bonheur.

Cnossos 1984

(traduction de  Claude  Esteban)

El hilo de la fábula - Borges 4503

Ariane et Thésée au seuil du labyrinthe

Publié dans:Premiers articles |on 23 avril, 2015 |Pas de commentaires »

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