Kaguya-hime

https://www.youtube.com/watch?v=6e3KFHmNyGE

Le studio Ghibli aux dires de certains ne serait plus ce qu’il était. Hayao Miyazaki, l’un de ses piliers, a tiré sa révérence l’an dernier en signant le chef-d’oeuvre qu’est Le vent se lève, le rêve et la vie d’un prodige de l’aviation dans la tourmente des années d’entre-deux-guerres, et de guerre. Il faut quand même signaler la très bonne surprise que me semble avoir été Souvenirs de Marnie, le dernier né du studio qui est aussi une très belle histoire, très bien construite et fort émouvante : la relève est au rendez-vous.

Mais aujourd’hui, j’aimerais parler de l’adaptation d’un conte traditionnel ancestral par le compère de Miyazaki, Isao Takahata, dont le doux nom français est le Conte de la princesse Kaguya. J’ai découvert sur le tard l’oeuvre du studio, et j’ai eu le privilège de voir cette adaptation en salles, à plusieurs reprises. C’est peut-être le plus beau film d’animation que j’ai eu la chance de voir, et un des plus grands films, tout court, de ces dernières années. C’est un miracle de dessin et de poésie, une histoire infiniment actuelle, ou infiniment inactuel, selon le sens négatif ou positif qu’on veut bien donner à l’actuel…  Mais mon lien youtube du jour renvoie à la musique de ce film, qui est à elle seule un chef d’oeuvre bouleversant ; Joe Hisaishi, le fidèle collaborateur et ami de Miyazaki, a offert au Kaguya de Takahata une musique qu’on n’oserait à peine rêver. La vidéo dure un peu plus d’un quart d’heure, Hisaishi a réarrangé les morceaux, qui n’y perdent absolument rien. A titre personnel, le morceau central qui correspond dans le film à la scène éblouissante de la fuite, très dramatique, est ma madeleine : pour ceux qui n’auraient pas vu le film, vous ne pouvez pas ne pas prendre une gifle en regardant le trailer américain de 59 secondes, qui reprend justement cette scène de la fuite, avec sa musique. Je crois qu’il n’y a pas de meilleure langue pour exprimer un sentiment aussi violent, de façon aussi fracassante, que celle que, main dans la main, pourrait-on dire, deux grands artistes japonais ont su inventer, épaulés par des équipes qui tiennent encore le haut du pavé pour défendre la beauté.

Kaguya-hime bande-annonce-le-conte-de-la-princesse-kaguya-de-isao-takahata-2014-12539402

(http://scrat.hellocoton.fr)

 

Publié dans : Premiers articles | le 22 avril, 2015 |Pas de Commentaires »

Tous les cerisiers du monde

A l’ombre des fleurs de cerisiers
il n’est plus
d’étrangers

Kobayashi Issa

 

P.S : Tous à Sceaux !

Tous les cerisiers du monde

(www.spectacle.com)

Publié dans : Premiers articles | le 20 avril, 2015 |Pas de Commentaires »

Horowitz et Mozart, 1986

Volodia

Je ne peux pas me cacher : j’éprouve une passion très vive pour la musique classique, et même si mes prédilections s’étendent plus loin que cette catégorie, il me faut poster ce lien, cette journée de 1986 où Vladimir Horowitz joua le concerto 23 pour piano et orchestre de Mozart. Une rencontre entre deux immenses artistes, cela va sans dire. Mais voyez le sourire de cet homme, la fraîcheur de son jeu, (et ne manquez la blagounette de la fin sur la cravate)… Il n’a rien à ajouter, il n’est que d’écouter.

Alors, bien sûr, j’ai promis que je ne me limiterai pas à ce que d’aucuns appellent dédaigneusement la grande Culture. D’une, parce que ce genre de distinction n’a aucun sens, il n’y a de grands que de musiciens, de poètes, de romanciers, d’humoristes, de chanteurs… et il y a pour eux, à chaque époque, des auditeurs, des lecteurs qui par leur attention et leur bienveillance, plutôt qu’en vertu d’un don fumeux, les reçoivent. De deux : je crois sincèrement que ceux qui véhiculent à grand renfort de précaution et d’emphase cette Culture n’aiment pas la culture, s’en méfient comme d’un traquenard, un coupe-gorge où seules compteraient les défaites. Vous voyez de quoi je parle, un gala, une conversation qui tombe à plat : « Sérieusement, vous ne connaissez pas les scherzos de Chopin ? C’est bien la première fois que j’entends ça ». La culture, ou ce test impitoyable où une connaissance nominale, anecdotique d’oeuvres départage les bons et les crétins. Les élus et les ignares. L’Art pour l’Art, et l’art commercial, ritournelle. Comme si les potiers d’Athènes ne facturaient pas leurs cratères. Alors, je proposerai ce que certains abordent imperturbablement comme de la sous-culture, allez, au mieux du moyen de gamme, de l’art à peu près décoratif.

Voilà le deal : un jour, de la lecture ; l’autre jour, de quoi se rincer un peu les tympans. Je ne suis pas moi-même musicien, ni rat de bibliothèque. Mais je ne pense pas pour autant être disqualifié du Grand Jeu artistique. Et les bons jours, je mettrai un peu de musique et de littérature. Mais je risque de parler de restaurants et de films, et le reste viendra, au fur et à mesure. Je devrai parler de découvertes déjà faites par d’autres, d’artistes déjà médiatisés; Mais j’espère que, si quelqu’un me lit, il connaîtra au moins une fois le frisson de la nouveauté et de la beauté.

On dit souvent à propos d’un morceau de musique classique qui titille l’oreille, « ah, mais ça c’est dans le pub de…. ». C’est connaître sans connaître, diront certains. Or, ce mouvement du concerto a été repris pour un spot publicitaire d’Air France. Sur une grande plaine immaculée, deux amoureux – deux danseurs – exécutent une rotation de plus en plus rapide, qui pour moi représente on ne peut mieux l’étreinte. On ne parle que de publicité mensongère par ci, de publicité débile par là. Mais Air France a signé, avec ces deux partenaires, cette surface cristalline -peut-être un désert de sel ? – et cette musique, un petit bijou. Si vous ne l’avez pas vu : voilà l’argument fatal contre la Grande Culture.

Horowitz et Mozart, 1986 vladimirhorowitz

L’Ouragan des steppes (www.pollyannadarling.com)

Publié dans : Premiers articles | le 20 avril, 2015 |Pas de Commentaires »

Jusqu’à la fin

Zbigniew Herbert a dit de ce poème qu’il était le premier qu’il avait pu revendiquer : « J’étais adolescent, c’était la guerre. Lors d’un terrible bombardement, je suis descendu en courant vers l’abri et j’ai vu brièvement, car j’étais mort de peur, deux jeunes gens qui s’embrassaient sur les marches. C’était vraiment insolite, étant donné la situation. » Je n’aurais jamais découvert ce poème tout seul, ou du moins, les chances en étaient infimes. Mais un jour, mon libraire m’a tendu un volume, l’oeil complice, et voilà ce que j’ai découvert à la page qu’il m’indiquait : 

 

Les forêts flambaient
mais eux
se nouaient les bras autour du cou
comme bouquets de roses

les gens couraient aux abris –
il disait que dans les cheveux de sa femme
on pouvait se cacher

blottis sous une couverture
ils murmuraient des mots impudiques
litanie des amoureux

Quand cela tourna très mal
ils se jetèrent dans les yeux de l’autre
et les fermèrent fort

si fort qu’ils ne sentirent pas le feu
qui gagnait les cils

hardis jusqu’à la fin
fidèles jusqu’à la fin
pareils jusqu’à la fin
comme deux gouttes
arrêtées au bord du visage

Publié dans : Premiers articles | le 19 avril, 2015 |4 Commentaires »

La nuit des dons

La nuit des dons borges-tigre

Projet longtemps rêvé, ce soir initié. Un désir de partager d’immenses découvertes : les dons que des artistes de tous bords, de tous temps, de toutes les contrées ont fait, non pas à une poignée de privilégiés, de happy few, mais, en ce siècle de l’information – et de la désinformation – à tous ceux qui pourront, oseront saisir ce legs inestimable, d’un clic, d’un coup d’oeil.

Je ne crois pas que la Culture avec un C hypermajuscule vaille quoi que ce soit, sinon à titre documentaire. Dans chaque oeuvre de génie, il y a ce trait commun qu’on pourrait appeler humanité, et c’est une marque qui ne trompe jamais, ne déçoit jamais, et personne, je crois, ne peut être insensible, je ne dis pas à toute oeuvre artistique de valeur, mais à une oeuvre où sont déposés, comme est prisonnière dans l’ambre la forme intacte et troublante d’un insecte antédiluvien, des éclats de vie.

Musique, art, poésie, ruines et chiffons, mais toujours, j’espère, la beauté.

(Je remercie, pour ce cliché d’un grand dispensateur de dons, le site jotdown.es)

Publié dans : Premiers articles | le 19 avril, 2015 |Pas de Commentaires »
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