Archive pour la catégorie 'Musique'

Qu’est-ce qui nous parle dans un paysage ? – Julien Gracq, En lisant en écrivant, musique de Franz Liszt

 

Centième « article » ! Le terme est prétentieux, mais c’est le vocable imposé par le site. Je n’ai pas la prétention de refaire l’histoire littéraire, de surpasser ou même de surplomber par de fins commentaires la grandeur des écrivains et des penseurs, que je préfère présenter, de la manière qui me semble la plus humble, avec des fragments de leur oeuvre. Puissé-je y réussir et continuer longtemps à faire vivre ce petit conservatoire de perles artistiques, et être digne de mes quelques lecteurs. Qui sont invités, je le réitère, à déposer des commentaires, à exprimer leurs réactions, leurs questions…

Aujourd’hui, un passage clairvoyant de Julien Gracq, qui réfléchit sur le sens des paysages dans les romans, véritables « chemins de la vie », que je propose d’accompagner par l’écoute d’une musique de Liszt, en fait un poème de Lamartine de 1829 mis en musique, intitulée « Bénédiction de Dieu dans la solitude ». J’en indique comme de coutume un lien (dans l’interprétation inégalable d’Arrau) après le texte de Gracq, ainsi qu’un autre lien renvoyant au texte de Lamartine pour les plus curieux.

 *

Paysage et roman

Qu’est-ce qui nous parle dans un paysage ?

     Quand on a le goût surtout des vastes panoramas, il me semble que c’est d’abord l’étalement dans l’espace – imagé, apéritif – d’un « chemin de la vie », virtuel et variantable, que son étirement au long du temps ne permet d’habitude de se représenter que dans l’abstrait. Un chemin de la vie qui serait en même temps, parce qu’éligible, un chemin de plaisir. Tout grand paysage est une invitation à le posséder par la marche ; le genre d’enthousiasme qu’il communique est une ivresse du parcours. Cette zone d’ombre, puis cette nappe de lumière, puis ce versant à descendre, cette rivière guéable, cette maison déjà esseulée sur la colline, ce bois noir à traverser auquel elle s’adosse, et, au fond, tout au fond, cette brume ensoleillée comme une gloire qui est indissolublement à la fois le point de fuite du paysage, l’étape proposée de notre journée, et comme la perspective obscurément prophétisée de notre vie. « Les grands pays muets longuement s’étendront »… mais pourtant ils parlent ; ils parlent confusément, mais puissamment, de ce qui vient, et soudain semble venir de si loin, au-devant de nous.

     C’est pourquoi aussi tout ce qui, dans la distribution des couleurs, des ombres et des lumières d’un paysage, y fait une part matérielle plus apparente aux indices de l’heure et de la saison, en rend la physionomie plus expressive, parce qu’il y entretisse plus étroitement la liberté liée à l’espace au destin qui se laisse pressentir dans la temporalité. C’est ce qui fait que le paysage minéralisé par l’heure de midi retourne à l’inertie sous le regard, tandis que le paysage du matin, et plus encore celui du soir, atteignent plus d’une fois à une transparence augurale où, si tout est chemin, tout est aussi pressentiment. Cet engouffrement de l’avenir dans la délinéation, pourtant si ferme et si stable, des traits de la Terre est l’aiguillon d’une pensée déjà à-demi divinatoire, d’une lucidité que la Terre épure et semble tourner toute vers l’avenir : une des singularités de la figure de Moïse, dans la Bible, est que le don de clairvoyance semble lié chez lui à chaque fois, et comme indissolublement, à l’embrassement par le regard de quelque vaste panorama révélateur.

 Julien Gracq, En lisant en écrivant, « Paysage et roman », p.87-88, José Corti, 1980

 

Vers la musique :

https://www.youtube.com/watch?v=jN_corqaqgY

Vers le poème de Lamartine :

https://fr.wikisource.org/wiki/B%C3%A9n%C3%A9diction_de_Dieu_dans_la_solitude

 

Qu'est-ce qui nous parle dans un paysage ? - Julien Gracq, En lisant en écrivant, musique de Franz Liszt dans Littérature (à l'exception de la poésie) 800px-Liszt_at_piano

« Liszt au piano », Century Magazine, 1886 (wikipedia.org)

AVT_Julien-Gracq_3504 avenir dans Musique

Julien Gracq (larepubliquedeslivres.com)

phot_03_EarlyCareer_Arrau_c1944e_USA chemin dans Poésie

Claudio Arrau (arrauhouse.org)

 

200px-Alphonse_de_Lamartine_1 clairvoyance

Lamartine (wikimedia.org)

Les passantes – Georges Brassens et Antoine Pol

 

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets,
A celles qu’on connaît à peine
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais.

A celle qu’on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit,
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui.

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage,
Font paraître court le chemin ;
Qu’on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré la main.

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent,
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant.

Chères images aperçues,
Espérances d’un jour déçues,
Vous serez dans l’oubli demain ;
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin.

Mais si l’on a manqué sa vie
On songe avec un peu d’envie
A tous ces bonheurs entrevus,
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre,
Aux coeurs qui doivent vous attendre,
Aux yeux qu’on n’a jamais revus.

Alors, aux soirs de lassitude,
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir,
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir.

 

« Les passantes », poème écrit par Antoine Pol, publié dans Emotions poétiques (1918), modifié et mis en musique par Georges Brassens, in Fernande (1972)

 

Les passantes - Georges Brassens et Antoine Pol dans Musique brassens2-tt-width-604-height-403-lazyload-0-crop-0-bgcolor-000000

Georges Brassens (lesinrocks.com)

 

101-1916 dans Poésie

Antoine Pol (museedeseineport.info)

 

 

 

 

 

Publié dans:Musique, Poésie |on 27 octobre, 2015 |Pas de commentaires »

Je suis. Tu seras – Marina Tsvetaïéva, sur un air de « Theory of everything »

 

Je renoue avec le format du poème accompagné de musique, en proposant aujourd’hui un très court mais sublime poème de Marina Tsvétaïéva, que j’ai déjà évoquée. Résignation et clameur s’y mêlent admirablement, et l’on peut le lire comme un cri d’amour tragique qui rayonne par sa grande économie de moyens, son dépouillement. Sans en dire plus, j’indique le lien d’un extrait de la bande originale du remarquable film de James Marsh Une brève histoire du temps (en V.O. The Theory of everything), bande originale de l’islandais Jóhann Jóhannsson qui à mon sens méritait l’Oscar que valait peut-être moins la lauréate (celle de The Grand Budapest Hotel). Quoi qu’il en soit, le film comme la bande-annonce valent largement le détour, en particulier les morceaux Cambridge 1963, Chalkboard, Cavendish Lab, et The Theory of Everything.

 

 

Je suis. Tu seras. Entre nous – le gouffre.

Je bois. Tu as soif. On ne s’entendra pas.

Dix années comme cent millénaires nous

Séparent. Dieu ne sait pas bâtir de ponts.

 

Sois ! – Tel est mon commandement. Laisse-moi

Passer ans que mon souffle n’arrête l’élan.

Je suis. Tu seras. Dans dix printemps

Tu diras : – je suis ! et moi : – un jour…

 

Marina Tsvétaïéva, Le ciel brûle, page 82, Gallimard Poésie, trad. Pierre Léon et Ève Malleret

 

Theory of Everything, extrait de la bande originale par Jóhann Jóhannsson : « A model of universe »

 

 

 

Je suis. Tu seras - Marina Tsvetaïéva, sur un air de

Marina Tsvétaïéva (wikimedia.org)

 

(typerecords.com)

Jóhann Jóhannsson (typerecords.com)

(loftcinema.com)
The Theory of Everything (ou Une brève histoire du temps), de James Marsh avec Eddie Redmayne et Felicity Jones (loftcinema.com)

 

Publié dans:Musique, Poésie |on 6 juillet, 2015 |Pas de commentaires »

Le problème de qui attend – Nietzsche et Rachmaninov

 

Pour commencer, un fragment de Nietzsche, dont la portée est phénoménale, c’est une réflexion aussi bien politique que littéraire, morale… J’aime à croire avec lui qu’il y a dans les tous les coins de la terre des hommes « qui attendent », qui ont leur mot à dire, sans que ce soit en vertu d’un diplôme soigneusement encadré, sans que l’on corrèle le « chiffre » de leurs ventes avec l’intérêt qu’ils présentent. Mais si le génie n’ébranle pas les foules en show télévisé, prodige éphémère et substituable, d’où viendront la vraie consécration, les mains tendues ? Il faut de la chance, mais il faut aussi de l’attention. Fait suite à ce passage, une musique de Rachmaninov, le prélude op.3 no 2, dans l’interprétation d’Evgeny Kissin, assez sombre, comme cette solution qui sommeille, éclate par fulgurances, retombe… 

 

Le problème de qui attend. - Il faut des coups de chance et bien de l’incalculable pour qu’un homme supérieur en qui sommeille la solution d’un problème entre encore en action – « en éruption », pourrait-on dire. – au moment propice. En moyenne, cela ne se produit pas, et dans tous les coins de la terre se tiennent des hommes qui attendent, qui savent à peine à quel point ils attendent, mais moins encore qu’ils attendent en vain. Parfois encore, le cri qui les éveille, ce hasard qui donne l’ »autorisation » d’entrer en action, vient trop tard, – au moment où le meilleur de la jeunesse et de la force d’agir a déjà été consommé à rester assis ; et combien d’hommes ont trouvé avec effroi, en « bondissant sur leurs jambes », leurs membres engourdis et leur esprit déjà trop pesant ! « Il est trop tard » – se dirent-ils, ayant perdu foi en eux-mêmes et désormais à jamais inutiles. – Le « Raphaël sans mains », le mot étant pris en sens le plus large, ne serait-il pas, au royaume du génie, non l’exception, mais bien la règle ? – Peut-être n’est-ce pas le génie qui est si rare : mais bien les cinq cents mains dont il a besoin pour – tyranniser le καιρός, « le moment propice », pour empoigner le hasard aux cheveux !

 

Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal, Neuvième Section,274.

Prélude op. 3 no 2 – Rachmaninov, Kissin

Le problème de qui attend - Nietzsche et Rachmaninov dans Essais, philosophie... rachmaninov

Sergueï Rachmaninov (postimg.com)

nietzsche Evgeny Kissin dans Musique

Friedrich Nietzsche (rschindler.com)

Evgeny-Kissin génie

Evgeny Kissin (resmusica.com)

 

Publié dans:Essais, philosophie..., Musique |on 30 mai, 2015 |Pas de commentaires »

Musiques du cygne

 

 

Musiques du cygne dans Musique Ary_Scheffer_-_Franz_Liszt

Franz Liszt (wikimedia.org)

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Franz Schubert (oxfordlieder.co.u

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici un nouveau tryptique, qui n’est pas d’une originalité formidable, mais qui a le mérite de réunir trois grands compositeurs autour d’un thème archipoétique, archiclassique, battu et rebattu, livrant néanmoins chacun des pièces d’exception. Je pense au Chant du Cygne, de l’autrichien Franz Schubert (1797-1828) (dans la transcription de Franz Liszt, 1811-1886, pour piano), au Cygne du français Camille Saint-Saëns (1835-1921) et au Lac des cygnes, du russe Tchaïkovsky (1840-1893). Bien sûr, pour le ballet de Tchaïkovski, j’avais l’embarras du choix, mais la valse du premier acte me charme singulièrement. Bonne écoute !

Le Chant du Cygne (Ständchen) – Schubert, Liszt, Horowitz

Le Lac des Cygnes, acte I, Valse – Tchaïkovski, orchestre de Philadelphie

« Le Cygne » in Le Carnaval des Animaux – Saint-Saëns, Jeremy Nicholas

 

Saint-Saens Liszt

Camille Saint-Saëns (hberlioz.com)

70029-004-74AD88C3 Piano

Piotr Ilitch Tchaïkovski (britannica.com)

 

Publié dans:Musique |on 23 mai, 2015 |Pas de commentaires »

« Au fond du coeur une ville d’Is » – Renan, sur un air de Debussy

 

Ernest Renan (les-crises.fr)

Aujourd’hui, un texte et comme une musique d’accompagnement. Hier, Cafavy nous montrait ce que signifient les Ithaques, le terme d’un fructueux chemin de la vie. Les « images » et « réflexions » que rapporte Ernest Renan dans son magnifique livre de souvenir, Souvenirs d’enfance et de jeunesse, constituent une sorte de testament spirituel du grand scientifique et de l’exégète révolutionnaire qu’il fut, mais surtout de l’enfant breton, d’une foi vibrante, imprégné de sagesse populaire par les récits de sa mère et l’éducation « des bons prêtres ». Hier, le chemin en avant ; aujourd’hui, c’est une quête des origines, le chemin en arrière : il a beau être tout tracé désormais, il ne laisse pas de receler de mystérieux airs oubliés. Le rationaliste intransigeant, à l’heure du retour à sa prime jeunesse, soutient ceci : « Presque tous nous sommes doubles. Plus l’homme se développe par la tête, plus il rêve le pôle contraire, c’est-à-dire l’irrationnel, le repos dans la complète ignorante, la femme qui n’est que femme, l’être instinctif qui n’agit que par l’impulsion d’une conscience obscure » ; et c’est ainsi qu’avant ce brin d’explication, le livre s’ouvre sur l’histoire de la légendaire ville d’Is :

 

« Une des légendes les plus répandues en Bretagne est celle d’ une prétendue ville d’Is, qui, à une époque inconnue, aurait été engloutie par la mer. On montre, à divers endroits de la côte, l’emplacement de cette cité fabuleuse, et les pêcheurs vous en font d’étranges récits. Les jours de tempête, assurent-ils, on voit, dans le creux des vagues, le sommet des flèches de ses églises ; les jours de calme, on entend monter de l’abîme le son de ses cloches, modulant l’hymne du jour. Il me semble souvent que j’ai au fond du cœur une ville d’Is qui sonne encore des cloches obstinées à convoquer aux offices sacrés des fidèles qui n’ entendent plus. Parfois je m’arrête pour prêter l’oreille à ces tremblantes vibrations, qui me paraissent venir de profondeurs infinies, comme des voix d’un autre monde. Aux approches de la vieillesse surtout, j’ai pris plaisir, pendant le repos de l’été, à recueillir ces bruits lointains d’ une Atlantide disparue. »

En accompagnement donc de cet incipit majestueux, pourquoi ne pas prêter soi-même l’oreille aux cloches pianistiques d’une cathédrale engloutie, sonnées par Claude Debussy dans l’un de ses plus illustres préludes, et Nelson Freire, grand pianiste brésilien contemporain, dont le jeu ciselé honore à souhait la poésie toute mélancolique et onirique du prélude ?

 

La cathédrale engloutie, Claude Debussy, Préludes, I, 10, interprétation de Nelson Freire

 

debussy autobiograpie dans Musique

Claude Debussy (lamusiqueclassique.com)

 

debussy-freire Cavafy

Nelson Freire, album Debussy (classictoulouse.com)

 

Sortes de douceur – la harpe, la rêverie, la photographie

Sortes de douceur - la harpe, la rêverie, la photographie dans Musique Arcade-Fire-2

Arcade Fire (indiepoprock.fr)

 

Je me suis laissé convaincre, en trottant autour de cette idée, par le format d’un triptyque musical, d’une libre association de morceaux appartenant délibérément à des époques et des climats variés. Après trois musiques élémentaires, voilà mon offre du jour. Trois murmures, l’étude « Harpe éolienne » de Chopin dans l’exquise version de Vladimir Horowitz (s’il vous donne des boutons, ne vous jetez à aucun prix dans les bras de Lang Lang qui défigure abominablement cette pièce enchanteresse), une étude d’un compositeur et pianiste russe encore de ce monde, Nikolai Kapustin, au doux nom de « Rêverie », et pour terminer un extrait de la bande originale du remarquable film de Spike Jonze, Her, une bande-annonce vraiment léchée par le groupe Arcade Fire. C’est la même histoire que pour le triptyque précédent : je vais de l’une à l’autre, bercé par leurs bras confondus, confondu par cette plénitude aux tons si caressants. Puissiez-vous en faire autant, et varier vos propres combinaisons de douceur, si le coeur vous en dit ; dans mon bouquet, harpe, rêverie et photographie.

 

Etude n°1 op. 25, « Harpe éolienne » – Vladimir Horowitz

Nikolai Kapustin, Huit études de concert, pour « Rêverie » se rendre à 2:08

« Photograph », tiré de la bande-son originale du film Her (de Spike Jonze) – Arcade Fire

 

 

13330 Arcade Fire dans Musique

Nikolai Kapustin (d154044.u31.europeserver.nl)

 

 

HER_QUAD_AW-low-res_0 Chopin

Vraiment, ce film vaut le détour (psychologies.co.uk)

 

 

 

 

Publié dans:Musique |on 14 mai, 2015 |Pas de commentaires »

Let’s start over again – Muse, Exogenesis, 3ème partie

 

Encore un morceau qui n’a pas caracolé en tête du hit-parade, contrairement au groupe qui en est le créateur, et qui pourtant mérite qu’on s’y arrête un moment. Oui, il y a peut-être plus « musien » que la « symphonie » Exogenesis dans l’album The Resistance, qui est vraiment un très chouette album, néanmoins c’est un très beau dialogue du piano, qui entonne une ballade très douce au début, du violon qui l’accompagne imperturbablement après quelques mesures, et de la batterie qui murmure puis déferle à mi-temps, avec la même élégance que dans le premier mouvement d’Exogenesis- qui a illustré une publicité pour un célèbre parfum masculin, porté par un non moins célèbre acteur. Et je ne compte pas Matthew Bellamy pour des prunes, certes non ! D’une voix puissante, il ouvre une troisième voie glorieuse dans le grand écart de la conquête poétique et de la fuite suicidaire, par amertume, désespoir ; insatisfaction, dans les deux cas, devant un état de fait. « Let’s start over again » : la réconciliation et la révolution pour soi, pour autrui sont des options qui, comme l’illustre la chanson admirablement, germent avec peine, mais sont ensuite voués à un succès retentissant. L’idée à peine implicite, mais que l’on peut élargir métaphoriquement est celle de la dernière chance amoureuse. « This time we’ll get it… / We’ll get it right / It’s our last chance to forgive ourselves », avec un ton à la fois cérémonieux et tragique dans cette dernière sentence de Bellamy. Quand la batterie s’éclipse, on comprend le sens de ces mots : tout reste à faire, la flambée de joie redevient une flamme délicate et vulnérable, c’est le dernier essai mais malgré la reprise du thème du début au piano, il y a un je ne sais quoi qui s’ajoute, une touche de bonheur, comme résiduel, qui rassérène, et qui compte pour beaucoup.

 

Exogenesis, partie 3, « Redemption » – Muse

 

Let's start over again - Muse, Exogenesis, 3ème partie dans Musique 20130530144004!Theresistance

The Resistance (2009) (en.wikipedia.org)

 

Publié dans:Musique |on 11 mai, 2015 |Pas de commentaires »

Jesus blood never failed me yet – Gavin Bryars, old man in the street

L’histoire incroyable d’une rencontre presque banale, un musicien participant au tournage d’un film sur des sans-abri, un vieil homme sobre, dans le concert ivre des pauvres hères aux ballades sentimentales, qui fredonne un air religieux : Gavin Bryars récupère des enregistrements sonores non retenus pour le documentaire et y ajoute une orchestration. Créant ainsi un morceau des plus poignants, l’un de ses plus grands succès et un hommage très tendre, par dessus-tout, au vieillard, artiste malgré lui, qui jamais n’entendit ceci :

Jesus blood never failed me yet, une version

Il existe en effet plusieurs versions, de longueur variable, Tom Waits a même prêté sa voix à l’une d’elles. A dire vrai, j’ai un faible pour la version plus dépouillée, mais j’en laisse juger qui voudra : c’est de toute manière une pièce rare.

 

Jesus blood never failed me yet - Gavin Bryars, old man in the street dans Musique bryars

Gavin Bryars (classical.net)

 

Publié dans:Musique |on 9 mai, 2015 |Pas de commentaires »

De Chopin à Eiges : musiques élémentaires

 

De Chopin à Eiges : musiques élémentaires dans Musique

Frédéric Chopin (wikimedia.org)

alexandre_scriabine Argerich dans Musique

Alexandre Scriabine (alexandrebaty.com)

10915999 Eiges

Oleg Eiges (userserve-ak.last.fm)

 

Je propose aujourd’hui un chemin de musique, si l’expression m’est permise. Trois grands pianistes, très inégalement célèbres, trois générations différentes, et trois oeuvres que j’écoute invariablement ensemble. L’une me rappelle immanquablement l’autre,  et je sens que cela tient au caractère élémentaire et déchaîné de ces trois pièces, composées par Frédéric Chopin (1810-1849), Alexandre Scriabine (1872-1915) et Oleg Eiges (1905-1992). Le titre des deux premières (« Raindrop » prelude, Vers la flamme) renvoie explicitement à deux éléments souvent violents, et le caractère tragique du premier, par exemple, fait plutôt penser à un déluge, si ce n’est au Déluge, qu’à une petite averse printanière. Vers la flamme me fait penser au papillon de nuit, fasciné par cette lueur dévorante qu’il approche petit à petit et qui le consume, mais encore une fois le spectacle est bien plus oppressant que cette petite fable chez Scriabine. Quant à Eiges, il fait un peu figure d’ovni, c’est un compositeur quasiment oublié, à part en Russie, mais qui offre avec la sonate-toccata n°4 une expérience musicale inouïe, même si cette sonate appartient à sa période scriabinienne. Même si l’atmosphère s’assombrit au fil du parcours que je présente, la sonate s’achève sur un feu d’artifice beau à en pleurer.

1. Raindrop prelude, Chopin – Argerich

2. Vers la flamme, Scriabine – Sokolov (live!)

3. Sonate-Toccata n°4, Eiges-…

 

Bien entendu, les liens Youtube que j’ai séléctionnés ne font pas parole d’Evangile, on peut facilement trouver d’autres interprétations des deux premiers ; mais j’admire la courage, le talent et la carrière de Martha Argerich, et Grigory Sokolov étant peut-être le plus grand pianiste actuellement en vie – les chanceux qui comme moi ont eu le privilège de l’entendre et de le voir à Toulouse un soir de mai 2014 seraient bien les derniers à me contredire – et russe qui plus est, il naturellement sublime sur une pièce aussi extatique que Vers la flamme. Quant au dernier morceau, je ne connais pas l’interprète, mais il a toute ma gratitude et si un lecteur a cette réponse, je l’invite à me permettre de lui rendre justice.

GrigorySokolov-1 éléments

Grigory Sokolov (amcmusic.com)

martha_argerich Frédéric Chopin

Martha Argerich (francemusique.fr)

Publié dans:Musique |on 7 mai, 2015 |Pas de commentaires »
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