Archive pour la catégorie 'Essais, philosophie…'

Comme un écho venant du plus lointain passé… Fairfield Osborn, La Planète au Pillage

Comme un écho venant du plus lointain passé des régions dévastées de l’Asie Mineure, de la Palestine, de la Grèce et de l’Espagne, on peut discerner parmi les causes qui ont mis la vallée du Rio Grande dans le triste état où nous la voyons aujourd’hui l’éternel et désastreux conflit entre bergers et cultivateurs. À notre époque l’aspect et les modalités peuvent en être quelque peu différents sans que le fond du conflit cesse d’être en réalité le même. Les raids des hordes de pasteurs qu’a connus l’Antiquité ont de nos jours leur contrepartie dans la pression exercée sur le Congrès par les groupes politiques qui représentent les grands propriétaires de troupeaux. Les représentants des marchands de bois, eux aussi, font l’impossible pour arriver à des arrangements par où les profits de leurs commettants puissent être assurés et si possible augmentés. Dans l’état actuel des choses et des idées il n’y a rien là qui puisse être considéré comme contraire à la morale : c’est la façon américaine de faire des affaires. Désormais, pourtant, des faits bien établis exigent que les terres cultivables et les ressources renouvelables, les forêts, les eaux et la faune sauvage, soient utilisés dans le sens et au bénéfice du seul intérêt général. Il y a là en plus une question de conscience. Sous l’empire des lois actuelles quiconque vole un pain chez le boulanger peut être condamné à la prison. Son geste ne lèse que le boulanger, mais si pour le seul bénéfice de son porte-monnaie le propriétaire d’un terrain boisé dans le bassin versant d’une rivière vient à en abattre tous les arbres, le résultat bien net en est que des valeurs alimentaires sont soustraites non plus à un propriétaire mais à tous les propriétaires ou fermiers dont les terres sont situées en aval. Nous avons vu en effet que le déboisement d’un versant a pour effet inévitable de porter atteinte à la quantité d’eau disponible dans la vallée, parfois au point d’y faire entièrement tarir toutes les sources et tous les puits. En Amérique d’innombrables milliers de propriétaires et de fermiers ont été ainsi entièrement ruinés. Devant de pareils faits, quelles valeurs morales peuvent bien avoir nos présents codes ?

Fairfield Osborn, La Planète au Pillage [1948], p. 191-192, Actes Sud, 1949, trad. Maurice Planiol

 

9782742774470

 

 

 

Publié dans:Essais, philosophie... |on 6 décembre, 2016 |Pas de commentaires »

Si l’on abdique sa vie à la source… Lewis Mumford, Techniques autoritaires et démocratiques

Pourquoi notre époque s’est-elle si facilement
rendue aux contrôleurs, aux manipulateurs,
aux conditionneurs de la technique autoritaire
? La réponse à cette question est à la
fois paradoxale et ironique. La technique
d’aujourd’hui diffère des systèmes autoritaires
du passé, ouvertement brutaux, d’une
façon particulière favorable : elle a accepté
le principe de base de la démocratie selon
lequel chaque membre de la société doit
avoir une part de ses biens. En remplissant
progressivement cette part de la promesse
démocratique, notre système a atteint une
emprise sur toute la communauté qui
menace de faire disparaître tous les autres
vestiges de la démocratie.

Le marché que l’on nous demande de passer
ressemble à une superbe mariée. Sous le
contrat social démocratico-autoritaire, chaque
membre de la communauté peut revendiquer
tous les avantages matériels, tous les
stimuli intellectuels et émotionnels qu’il peut
désirer, et ce, dans des quantités supérieures
à celles disponibles jusqu’ici pour les minorités
les plus favorisées : nourriture, maison,
transports rapides, communications instantanées,
soins médicaux, loisirs, éducation.
Mais à une condition : que chacun ne
demande pas ce que le système n’apporte
pas et qu’il accepte de prendre tout ce qui
lui est offert, dûment préparé et fabriqué,
homogénéisé et égalisé, dans les quantités
précises dont le système, plutôt que la personne,
a besoin. Une fois que l’on a choisi
le système, il n’y a plus d’autres choix. En un
mot, si l’on abdique sa vie à la source, la
technique autoritaire donnera en retour tout
ce qui peut être mécaniquement évalué,
quantitativement multiplié, collectivement
manipulé et amplifié.

extrait de « Techniques autoritaires et démocratiques » de Lewis Mumford, discours prononcé en 1963, , trad. Catherine Bourgain

 

 

Si l'on abdique sa vie à la source... Lewis Mumford, Techniques autoritaires et démocratiques dans Essais, philosophie... lewis-mumford-1895-1990-granger

Lewis Mumford (alchetron.com)

Publié dans:Essais, philosophie... |on 27 septembre, 2016 |Pas de commentaires »

L’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison – Camus, une de Combat du 8 août 1945

 

Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique.

On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

En attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d’aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d’idéalisme impénitent, ne songera à s’en étonner.
Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu’elles sont, annoncées au monde pour que l’homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d’une littérature pittoresque ou humoristique, c’est ce qui n’est pas supportable.
Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d’être définitive. On offre sans doute à l’humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d’une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

Au reste, il est d’autres raisons d’accueillir avec réserve le roman d’anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l’Agence Reuter* annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam*, remarquer qu’il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.
Qu’on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d’Hiroshima et par l’effet de l’intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d’une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d’une véritable société internationale, où les grandes puissances n’auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l’intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.
Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison.

 

Albert Camus, une du numéro de Combat du 8 août 1945

 

L'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison - Camus, une de Combat du 8 août 1945 dans Essais, philosophie... 746511

Albert Camus (salon-litteraire.com)

hiroshima12 dans Les grands combats

Dôme de Genbaku ou Dôme de la Bombe Atomique ou Mémorial de la Paix d’Hiroshima (media.sacbee.com)

Un sauvage et un bachelier – Voltaire, Dialogues et entretiens philosophiques

 

 

SECOND ENTRETIEN.

LE SAUVAGE. J‘ai avalé des aliments qui ne me paraissent pas faits pour moi, quoique j’aie un très bon estomac ; vous m’avez fait manger quand je n’avais plus faim, et boire quand je n’avais plus soif; mes jambes ne sont plus si fermes qu’elles l’étaient avant le dîner, ma tête est plus pesante, mes idées ne sont plus si nettes. Je n’ai jamais éprouvé cette diminution de moi-même dans mon pays. Plus on met ici dans son corps, et plus on perd de son être. Dites—moi , je vous prie , quelle est la cause de ce dommage.

LE BACHELIER. Je vais vous le dire. Premièrement, à l‘égard de ce qui se passe dans vos jambes, je n’en sais rien; mais les médecins le savent , et vous pouvez vous adresser à eux. A l‘égard de ce qui se passe dans votre tête, je le sais très bien; écoutez. L’âme, ne tenant aucune place, est placée dans la glande pinéale, ou dans le corps calleux, au milieu de la tête. Les esprits animaux qui s‘élèvent de l’e tomac montent à l’âme, qu’ils ne peuvent loucher parce qu’ils sont matière et qu’elle ne l’est pas. Or, comme ils ne peuvent agir l’un sur l’autre , cela fait que l‘âme reçoit leur impression; et, comme elle est simple, et que par conséquent elle ne peut éprouver aucun changement, cela fait qu’elle change, qu’elle devient pesante, engourdie , quand on a trop mangé ; de là vient que plusieurs grands hommes dorment après dîner.

Le SAUVAGE. Ce que vous me dites me parait bien ingénieux et bien profond ; faites-moi la grâce de m’en donner quelque explication qui soit a ma portée.

LE BACHELIER. Je vous ai dit tout ce qui peut se dire sur cette grande affaire; mais en votre faveur je vais un peu m’étendre : allons par degrés; savez-vous que ce monde-ci est le meilleur des mondes possibles?

LE SAUVAGE. Comment! Il est impossible à l’être infini de faire quelque chose de mieux que ce que nous voyons ?

LE BACHELIER. Assurément; et ce que nous voyons est ce qu’il y a de mieux. Il est bien vrai que les hommes se pillent et s’égorgent; mais c’est toujours en fesant l’éloge de l’équité et de la douceur. On massacra autrefois une douzaine de millions de vous autres Américains ; mais c‘était pour rendre les autres raisonnables. Un calculateur a vérifié que depuis une certaine guerre de Troie , que vous ne connaissez pas, jusqu’à celle de l’Acadie, que vous connaissez , on a tué au moins , en batailles rangées , cinq cent cinquante—cinq mil lions six cent cinquante mille hommes , sans compter les petits enfants et les femmes écrasées dans des villes mises en cendres; mais c’est pour le bien public: quatre ou cinq mille maladies cruelles, auxquelles les hommes sont sujets, font connaître le prix de la santé ; et les crimes dont la terre est couverte relèvent merveilleusement le mérite des hommes pieux, du nombre desquels je suis. Vous voyez que tout cela va le mieux du monde, du moins pour moi. Or les choses ne pourraient être dans cette perfection si l’âme n‘était pas dans la glande pinéale. Car… Mais allons pied à pied ; quelle idée avez— vous des lois, et du juste et de l‘injuste, et du beau, et du τὸ καλόν , comme dit Platon?

LE SAUVAGE. Mais, monsieur, en allant pied à pied, vous me parlez de cent choses à la fois.

LE BACHELIER. On ne parle pas autrement en conversation. Çà, dites—moi , qui a fait les lois dans votre pays ?

LE SAUVAGE. L‘intérêt public.

LE BACHELIER. Ce mot dit beaucoup; nous n‘en connaissons pas de plus énergique : comment l’entendez-vous, s’il vous plaît?

LE SAUVAGE. J’entends que ceux qui avaient des cocotiers et du mais ont défendu aux autres d’y toucher, et que ceux qui n’en avaient point ont été obligés de travailler pour avoir le droit d‘en manger une partie. Tout ce que j‘ai vu dans notre pays et dans le vôtre m’apprend qu’il n‘y a pas d‘autre esprit des lois.

LE BACHELIER. Mais les femmes , monsieur le sauvage, les femmes?

LE SAUVAGE. Eh bien! les femmes? elles me plaisent beau coup quand elles sont belles et douces : elles sont fort supérieures à nos cocotiers; c‘est un fruit où nous ne voulons pas que les autres touchent : on n‘a pas plus le droit de me prendre ma femme que de me prendre mon enfant. il y a, dit—on, des peuples qui le trouvent bon; ils sont bien les maîtres; chacun fait de son bien ce qu’il veut.

LE BACHELIER. Mais les successions, les partages, les hoirs , les collatéraux?

LE SAUVAGE. Il faut bien succéder : je ne peux plus posséder mon champ quand on m’y a enterré; je le laisse à mon fils : si j‘en ai deux, ils le partagent. J’apprends que parmi vous autres , en beaucoup d’en droits, vos lois laissent tout à l’aîné, et rien aux cadets; c‘est l’intérêt qui a dicté cette loi bizarre: apparemment les aînés l‘ont faite, ou les pères ont voulu que les aînés dominassent.

LE BACHELIER. Quelles sont, a votre avis, les meilleures lois?

LE SAUVAGE. Celles où l’on a le plus consulté l’intérêt de tous les hommes mes semblables.

LE BACHELIER. Et où trouve-bon de pareilles lois?

LE SAUVAGE. Nulle part, a ce que j‘ai ouï dire.

LE BACHELIER. Il faut que vous me disiez d‘où sont venus chez vous les hommes. Qui croit-on qui ait peuplé l’Amérique?

LE SAUVAGE. Mais nous croyons que c’est Dieu qui l’a peuplée.

LE BACHELIER. Ce n’est pas répondre. Je vous demande de quel pays sont venus vos premiers hommes?

LE SAUVAGE. Du pays d‘où sont venus nos premiers arbres. Vous me paraissez plaisante, vous autres mes sieurs les habitants de l‘Europe , de prétendre que nous ne pouvons rien avoir sans vous : nous sommes tout autant en droit de croire que nous sommes vos pères, que vous de vous imaginer que vous êtes les nôtres.

LE BACHELIER. Voilà un sauvage bien têtu!

LE SAUVAGE. Voilà un bachelier bien bavard!

LE BACHELIER. Holà, hé! monsieur le sauvage, encore un petit mot; croyez-vous dans la Guiane qu‘il faille tuer les gens qui ne sont pas de votre avis?

LE SAUVAGE. Oui, pourvu qu’on les mange.

LE BACHELIER. Vous faites le plaisant. Et la Constitution, qu‘en pensez-vous?

LE SAUVAGE. Adieu.

 

Voltaire, Oeuvres complètes, Dialogues et entretiens philosophiques (volume VI), VIII, « Un sauvage et un bachelier », second entretien, Firmin Didot Frères, 1843

 

 

Un sauvage et un bachelier - Voltaire, Dialogues et entretiens philosophiques dans Essais, philosophie... Tomb-of-Voltaire-in-the-Crypt-of-The-Panth%C3%A9on-Paris-France

Voltaire au Panthéon (mikestravelguide.com)

 

 

 

Trois qualités déterminantes qui font l’homme politique VS la vanité – Max Weber, Le métier et la vocation d’homme politique

On peut dire qu’il y a trois qualités déterminantes qui font l’homme politique : la passion – le sentiment de la responsabilité – le coup d’œil, Passion au sens d’« objet à réaliser », [Schlichkeit], c’est-à-dire dévouement passionné à une « cause », au dieu ou au démon qui en est le maître. Cela n’a rien à voir avec cette conduite purement intérieure que mon regretté ami Georges Simmel avait l’habitude d’appeler une « excitation stérile ». Conduite particulière à une certaine sorte d’intellectuels, de préférence russes (pas tous, il est vrai), et qui fait actuellement fureur dans nos milieux d’intellectuels obnubilés par ce carnaval que l’on décoré du nom pompeux de « révolution ». Tout cela n’est que « romantisme de ce qui est intellectuellement intéressant », d’où le sentiment objectif de la responsabilité est absent. Ce n’est qu’un sentiment qui tourne à vide. En effet la passion seule, si sincère soit-elle, ne suffit pas. Lorsqu’elle est au service d’une cause sans que nous fassions de la responsabilité correspondante l’étoile polaire qui oriente d’une façon déterminante notre activité, elle ne fait pas d’un homme un chef politique. Il faut enfin le coup d’œil qui est la qualité psychologique déterminante de l’homme politique. Cela veut dire qu’il doit posséder la faculté de laisser les faits agir sur lui dans le recueillement et le calme intérieur de l’âme et par conséquent savoir maintenir à distance les hommes et les choses. « L’absence de détachement » [Distanz] comme telle est un des péchés mortels de l’homme politique. Si jamais on inculquait à notre jeune génération d’intellectuels le mépris à l’égard du détachement indispensable, on la condamnerait à l’impuissance politique. Le problème suivant se pose alors : comment peut-on faire cohabiter dans le même individu la passion ardente et le froid coup d’œil ? On fait la politique avec la tête et non avec les autres parties du corps ou de l’âme. Et pourtant, si le dévouement à une cause politique est autre chose qu’un simple jeu frivole d’intellectuel, mais une activité menée avec sincérité, il ne peut avoir d’autre source que la passion et il devra se nourrir de passion. Mais ce pouvoir de dompter son âme avec énergie, qui caractérise l’homme politique passionné et qui le distingue du simple dilettante de la politique gonflé uniquement d’excitation stérile, n’a de sens qu’à la condition d’acquérir l’habitude du détachement – dans tous les sens du mot. Ce que l’on appelle la « force » d’une personnalité politique signifie en tout premier qu’elle possède cette qualité.

C’est un ennemi bien vulgaire, trop humain, que l’homme politique doit vaincre chaque jour et chaque heure : la très ordinaire vanité. Elle est l’ennemi mortel de tout dévouement à une cause et de tout détachement, et dans ce cas du détachement de soi-même.

La vanité est un trait commun et personne n’en est peut-être entièrement exempt. Dans les milieux scientifiques et universitaires elle est même une sorte de maladie professionnelle. Mais chez le savant, si antipathique soit-elle lorsqu’elle se manifeste, elle est relativement inoffensive, en ce sens qu’en règle générale elle ne trouble pas l’activité scientifique. Il en va tout autrement chez l’homme politique. Le dé- sir du pouvoir est pour lui un moyen inévitable. L’« instinct de puissance » – comme l’on dit couramment – est en fait une de ses qualités normales. Aussi le péché contre le Saint-Esprit de sa vocation consiste-t-il dans un désir de puissance [Machtstreben] sans objectif qui, au lieu de se mettre exclusivement au service d’une « cause », n’est que prétexte à griserie personnelle. En effet, il n’existe tout compte fait que deux sortes de péchés mortels en politique : ne défendre aucune cause et n’avoir pas le sentiment de sa responsabilité – deux choses qui sont souvent, quoique pas toujours, identiques. La vanité ou, en d’autres termes, le besoin de se mettre personnellement, de la façon la plus apparente possible, au premier plan, induit le plus fréquemment l’homme politique en tentation de commettre l’un ou l’autre de ces péchés ou même les deux à la fois. D’autant plus que le démagogue est obligé de compter avec « l’effet qu’il fait » – c’est pourquoi il court toujours le danger de jouer le rôle d’un histrion ou encore de prendre trop à la légère la responsabilité des conséquences de ses actes, tout occupé qu’il est par l’impression qu’il peut faire sur les autres. D’un côté, le refus de se mettre au service d’une cause le conduit à rechercher l’apparence et l’éclat du pouvoir au lieu du pouvoir réel ; de l’autre côté, l’absence du sens de la responsabilité le conduit à ne jouir que du pouvoir pour lui-même, sans aucun but positif. En effet bien que, on plutôt parce que la puissance est le moyen inévitable de la politique et qu’en conséquence le désir du pouvoir est une de ses forces motrices, il ne peut y avoir de caricature plus ruineuse de la politique que celle du matamore qui joue, avec le pouvoir à la manière d’un parvenu, ou encore Narcisse vaniteux de son pouvoir, bref tout adorateur du pouvoir comme tel. Certes le simple politicien de la puissance [Machtpolitiker], à qui l’on porte aussi chez nous un culte plein de ferveur, peut faire grand effet, mais tout cela se perd dans le vide et l’absurde. Ceux qui critiquent la a politique de puissance » ont entièrement raison sur ce point. Le soudain effondrement moral de certains représentants typiques de cette attitude nous a permis d’être les témoins de la faiblesse ‘et de l’impuissance qui se dissimulent derrière certains gestes pleins d’arrogance, mais parfaitement vides. Une pareille politique n’est jamais que le produit d’un esprit blasé, souverainement superficiel et médiocre, fermé à toute signification de l’activité humaine ; rien n’est d’ailleurs plus éloigné de la conscience du tragique qu’on trouve dans toute action et tout particulièrement dans l’action politique que cette mentalité.

extrait de Max Weber, « Le métier et la vocation d’homme politique », conférence de 1919 (http://classiques.uqac.ca/classiques/Weber/savant_politique/Le_savant.html)

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Max Weber (larousse.fr)

Publié dans:Essais, philosophie... |on 21 mars, 2016 |Pas de commentaires »

Artistes que nous sommes ! – Nietzsche, Le Gai Savoir

 

59.

Artistes que nous sommes !… – Quand nous aimons une femme il nous arrive parfois de haïr la nature en songeant à toutes les nécessités rebutantes auxquelles elle soumet cet être ; nous chasserions volontiers ces pensées, mais dès que notre esprit les effleure il frémit d’impatience, et jette, comme nous le disions, un regard de mépris sur la nature : … nous sommes froissés, car il nous semble qu’elle vient empiéter sur nos propriétés de la façon la plus sacrilège. Nous nous bouchons les deux oreilles pour ne pas entendre la voix de la physiologie, et nous décrétons à part nous que nous voulons résolument ignorer que l’homme soit autre chose qu’âme et forme. L’ « homme subépidermique » est pour tout amoureux une abomination, une monstruosité qui blasphème Dieu et l’amour.

Eh bien ! Ce sentiment qu’éprouve l’amoureux envers la nature et les fonctions naturelles est celui qu’avait autrefois l’adorateur de Dieu et de sa « toute-puissance » ; dans tout ce que disaient de la nature les astronomes, les géologues, physiologistes et médecins, il voyait un empiétement sur ses domaines les plus sacrés et par conséquent une attaque… sans compter une preuve d’imprudence de la part de son assaillant ! Les simples « lois de la nature », pour lui, calomniaient déjà Dieu, il n’eût pas demandé mieux, au fond, que de voir ramener toute mécanique à des actes de volonté et d’arbitraire moraux ; mais personne ne pouvant lui rendre ce service, il se cachait de son mieux nature et mécanique, afin de vivre dans son rêve. Ah ! comme ces gens d’autrefois se sont entendus à rêver ! ils n’avaient pas besoin de rêver pour cela !… Et nous autres, gens d’aujourd’hui, nous nous y entendons encore trop bien aussi, malgré toute notre bonne volonté de rester éveillés et de vivre à la lumière ! Il suffit que passent l’amour, la haine, un sentiment quelconque, pour qu’aussitôt descende en nous l’esprit et la force du rêve ! et nous voilà, les yeux ouverts, insensibles à tout péril, gravissant le chemin le plus dangereux qui puisse mener en haut des tours et es toits de l’imagination ! Sans un vertige, en grimpeurs-nés,… somnambules de plein jour, artistes que nous sommes, cacheurs de naturel, lunatiques du divin ! muets comme la mort, pèlerins infatigables, passant sur des hauteurs que nous ne voyons pas, que nous prenons au contraire pour nos plaines, pour nos suprêmes sécurités !

 

Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, II, 59, Gallimard Idées, trad. Alexandre Vialatte, 1950, p. 99-100

 

Artistes que nous sommes ! - Nietzsche, Le Gai Savoir dans Essais, philosophie... 378px-Nietzsche1882

Nietzsche (wikimedia.org)

 

 

Publié dans:Essais, philosophie... |on 17 février, 2016 |Pas de commentaires »

Aller « chercher sa faute » – Milan Kundera, L’Art du Roman, « Quelque part là-derrière »

 

Joyeuse année à tous !

Pour bien la commencer, une anecdote précieuse racontée par Kundera dans le chapitre « Quelque part là-derrière » de son Art du Roman, où il part à la recherche des racines du kafkaïen, de ce je ne sais quoi qui n’est ni d’essence politique, ni réductible à un concept sociologique, mais qui s’épanouit – si l’on peut dire – aussi bien dans les événements historiques que dans les situations intimes, « banales et très humaines ».

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     Si on ne veut pas se laisser duper par des mystifications et des légendes, on ne trouve aucune trace importante des intérêts politiques de Franz Kafka ; en ce sens-là, il s’est distingué de tous ses amis praguois, de Max Brod, de Franz Werfel, d’Egon Erwin Kisch, de même que de toutes les avant-gardes qui, prétendant connaître le sens de l’Histoire, se plaisaient à évoquer le visage du futur. 

Comment se fait-il donc que ce ne soit pas leur oeuvre, mais celle de leur solitaire compagnon, introverti et concentré sur sa propre vie et son art, qu’on peut recevoir comme une prophétie sociopolitique et qui, de ce fait, est interdite dans une grande partie de la planète ?

J’ai pensé à ce mystère un jour, après avoir été témoin d’une petite scène chez une vieille amie. Cette femme, pendant les procès staliniens de Prague en 1951, a été arrêtée et jugée pour des crimes qu’elle n’avait pas commis. Des centaines de communistes se sont trouvés d’ailleurs, à la même époque, dans la même situation qu’elle. Leur vie durant, ils s’étaient tous entièrement identifiés à leur Parti. Quand celui-ci est devenu d’un coup leur accusateur, ils ont accepté, à l’instar de Joseph K., « d’examiner toute leur vie passée jusque dans le moindre détail » pour trouver la faute cachée et, finalement, avouer des crimes imaginaires. Mon amie a réussi à sauver sa vie parce que, grâce à son extraordinaire courage, elle a refusé de se mettre, comme tous ses camarades, comme le poète A., « à la recherche de sa faute ». Ayant refusé d’aider ses bourreaux, elle est devenue inutilisable pour le spectacle du procès final. Ainsi, au lieu d’être pendue, elle a été seulement emprisonnée à perpétuité. Au bout de quinze ans, elle a été complètement réhabilitée et relâchée.

On a arrêté cette femme au moment où son enfant avait un an. En sortant de prison, elle a donc retrouvé son fils de seize ans, et elle a eu le bonheur de vivre avec lui une modeste solitude à deux. Qu’elle se soit attachée passionnément à lui, rien n’est plus compréhensible. Son fils avait déjà vingt-six ans quand, un jour, je suis allé les voir. Offensée, vexée, la mère pleurait. La cause en était parfaitement insignifiante : le fils s’était levé trop tard le matin, ou quelque chose comme ça. J’ai dit à la mère : « Pourquoi t’énerver pour cette vétille ? Est-ce que ça vaut la peine de pleurer ? Tu exagères ! »

À la place de la mère, le fils m’a répondu : « Non, ma mère n’exagère pas. Ma mère est une femme excellente et courageuse. Elle a su résister là où tout le monde a échoué. Elle veut que je devienne un homme honnête. C’est vrai, je me suis levé trop tard, mais ce que me reproche ma mère, c’est quelque chose de plus profond. C’est mon attitude. Mon attitude égoïste. Je veux devenir tel que ma mère me veut. Et je le lui promets devant toi. »

Ce que le Parti n’a jamais réussi à faire avec la mère, la mère a réussi à le faire avec son fils. Elle l’a contraint à s’identifier avec l’accusation absurde, à aller « chercher sa faute », à faire un aveu public. J’ai regardé, stupéfait, cette scène d’un mini-procès stalinien, et j’ai compris d’emblée que les mécanismes psychologiques qui fonctionnent à l’intérieur des grands événements historiques (apparemment incroyables et inhumains) sont les mêmes que ceux qui régissent les situations intimes (tout à fait banales et très-humaines).

 

Milan Kundera, L’Art du Roman, « Quelque part là-derrière » (1986)  in Oeuvre, II, Bibliothèque de la Pléiade, p. 707-708

 

 

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Milan Kundera (larousse.fr)

Demandez à un crapaud ce que c’est que la beauté – Voltaire, Dictionnaire philosophique

BEAU, BEAUTÉ.

Demandez à un crapaud ce que c’est que la beauté, le grand beau, le to kalon ? il vous répondra que c’est la femelle avec deux gros yeux ronds, sortant de sa petite tête, une gueule large & plate, un ventre jaune, un dos brun. Interrogez un nègre de Guinée, le beau est pour lui une peau noire huileuse, des yeux enfoncés, un nez épaté.

Interrogez le Diable, il vous dira que le beau est une paire de cornes, quatre griffes & une queüe. Consultez enfin les philosophes, ils vous répondront par du galimatias ; il leur faut quelque chose de conforme à l’archétipe du beau en essence, au to kalon.

J’assistais un jour à une tragédie auprès d’un philosophe ; Que cela est beau ! disait-il. Que trouvez-vous là de beau ? lui dis-je ; C’est, dit-il, que l’auteur a atteint son but. Le lendemain il prit une médecine qui lui fit du bien. Elle a atteint son but, lui dis-je ; voilà une belle médecine ; il comprit qu’on ne peut dire qu’une médecine est belle, & que pour donner à quelque chose le nom de beauté, il faut qu’elle vous cause de l’admiration & du plaisir. Il convint que cette tragédie lui avait inspiré ces deux sentiments, & que c’était là le to kalon, le beau.

Nous fîmes un voyage en Angleterre : on y joüa la même piéce, parfaitement traduite ; elle fit bâiller tous les spectateurs. Oh, oh, dit-il, le to kalon n’est pas le même pour les Anglais & pour les Français. Il conclut après bien des réflexions, que le beau est souvent très-peu rélatif, comme ce qui est décent au Japon est indécent à Rome ; & ce qui est de mode à Paris ne l’est pas à Pékin ; & il s’épargna la peine de composer un long traité sur le beau.

 

Voltaire, Dictionnaire philosophique portatif, tome 1, pp. 54-55, 6ème édition, Londres, 1767
Demandez à un crapaud ce que c'est que la beauté - Voltaire, Dictionnaire philosophique dans Essais, philosophie... voltaire

Voltaire (blog.lefigaro.fr)

Publié dans:Essais, philosophie... |on 13 décembre, 2015 |Pas de commentaires »

Notre droit de partage dans le pouvoir politique – Benjamin Constant, « De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes »

 

Que le pouvoir s’y résigne donc ; il nous faut de la liberté, et nous l’aurons ; mais comme la liberté qu’il nous faut est différente de celle des anciens, il faut à cette liberté une autre organisation que celle qui pourrait convenir à la liberté antique ; dans celle-ci, plus l’homme consacrait de temps et de force à l’exercice de ses droits politiques, plus il se croyait libre ; dans l’espèce de liberté dont nous sommes susceptibles, plus l’exercice de nos droits politiques nous laissera de temps pour nos intérêts privés, plus la liberté nous sera précieuse.

De la vient, Messieurs, la nécessité du système représentatif. Le système représentatif n’est autre chose qu’une organisation à l’aide de laquelle une nation se décharge sur quelques individus de ce qu’elle ne peut ou ne veut pas faire elle-même. Les individus pauvres font eux-mêmes leurs affaires : les hommes riches prennent des intendants. C’est l’histoire des nations anciennes et des nations modernes. Le système représentatif est une procuration donnée à un certain nombre d’hommes par la masse du peuple, qui veut que ses intérêts soient défendus, et qui néanmoins n’a pas le temps de les défendre toujours lui-même. Mais a moins d’être insensés, les hommes riches qui ont des intendants examinent avec attention et sévérité si ces intendants font leur devoir, s’ils ne sont ni négligents ni corruptibles, ni incapables ; et pour juger de la gestion de ces mandataires, les commettants qui ont de la prudence se mettent bien au fait des affaires dont ils leur confient l’administration. De même, les peuples qui, dans le but de jouir de la liberté qui leur convient, recourent au système représentatif, doivent exercer une surveillance active et constante sur leur représentants, et se réserver, à des époques qui ne soient pas séparées par de trop longs intervalles, le droit de les écarter s’ils ont trompé leurs vœux, et de révoquer les pouvoirs dont ils auraient abusé.

Car, de ce que la liberté moderne diffère de la liberté antique, il s’ensuit qu’elle est aussi menacée d’un danger d’espèce différente. Le danger de la liberté antique était qu’attentifs uniquement à s’assurer le partage du pouvoir social, les hommes ne fissent trop bon marché des droits et des jouissances individuelles. Le danger de la liberté moderne, c’est qu’absorbés dans la jouissance de notre indépendance privée, et dans la poursuite de nos intérêts particuliers, nous ne renoncions trop facilement à notre droit de partage dans le pouvoir politique.

Les dépositaires de l’autorité ne manquent pas de nous y exhorter. Ils sont si disposés à nous épargner toute espèce de peine, excepté celle d’obéir et de payer ! Ils nous diront : Quel est au fond le but de vos efforts, le motif de vos travaux, l’objet de toutes vos espérances ? N’est-ce pas le bonheur ? Eh bien, ce bonheur, laissez-nous faire, et nous vous le donnerons. Non, Messieurs, ne laissons pas faire ; quelque touchant que ce soit un intérêt si tendre, prions l’autorité de rester dans ses limites ; qu’elle se borne à être juste. Nous nous chargerons d’être heureux.

Pourrions-nous l’être par des jouissances, si ces jouissances étaient séparées des garanties ? Et où trouverions-nous ces garanties, si nous renoncions à la liberté politique ? Y renoncer, Messieurs, serait une démence semblable à celle d’un homme qui, sous prétexte qu’il n’habite qu’un premier étage, prétendrait bâtir sur le sable un édifice sans fondements. D’ailleurs, Messieurs, est-il donc si vrai que le bonheur, de quelque genre qu’il puisse être, soit le but unique de l’espèce humaine ? En ce cas, notre carrière serait bien étroite et notre destination bien peu relevée. Il n’ est pas un de nous qui, s’il voulait descendre, restreindre ses facultés morales, rabaisser ses désirs, abjurer l’activité, la gloire, les émotions généreuses et profondes, ne pût s’abrutir et être heureux, Non, Messieurs, j’en atteste cette partie meilleure de notre nature, cette noble inquiétude qui nous poursuit et qui nous tourmente, cette ardeur d’étendre nos lumières et de développer nos facultés ; ce n’est pas au bonheur seul, c’est au perfectionnement que notre destin nous appelle ; et la liberté politique est le plus puissant, le plus énergique moyen de perfectionnement que le ciel nous ait donné.

 

Benjamin Constant, « De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes » (extrait), discours prononcé à l’Athénée royal de Paris en 1819

 

Notre droit de partage dans le pouvoir politique - Benjamin Constant,

Benjamin Constant (larousse.fr)

Publié dans:Essais, philosophie... |on 6 décembre, 2015 |Pas de commentaires »

Presque content d’être refusé – Jean de la Bruyère, Les Caractères

 

48 (VI)

Théognis est recherché dans son ajustement, et il sort paré comme une femme ; il n’est pas hors de sa maison, qu’il a déjà ajusté ses yeux et son visage afin que ce soit une chose faite quand il sera dans le public, qu’il y paraisse tout concerté, que ceux qui passent le trouvent déjà gracieux et leur souriant, et que nul ne lui échappe. Marche-t-il dans les salles, il se tourne à droit, où il y a un grand monde, et à gauche, où il n’y a personne ; il salue ceux qui y sont et ceux qui n’y sont pas. Il embrasse un homme qu’il trouve sous sa main, il lui presse la tête contre sa poitrine ; il demande ensuite qui est celui qu’il a embrassé. Quelqu’un a besoin de lui dans une affaire qui est facile ; il va le trouver, lui fait sa prière : Théognis l’écoute favorablement, il est ravi de lui être bon à quelque chose, il le conjure de faire naître des occasions de lui rendre service ; et comme celui-ci insiste sur son affaire, il lui dit qu’il ne la fera point ; il le prie de se mettre en sa place, il l’en fait juge. Le client sort, reconduit, caressé, confus, presque content d’être refusé.

 

Jean de la Bruyère, Les Caractères, « Des Grands » (extrait), 1880, Flammarion

 

Presque content d'être refusé - Jean de la Bruyère, Les Caractères dans Essais, philosophie... AVT_Jean-de-La-Bruyere_4631

Jean de la Bruyère (babelio.com)

Publié dans:Essais, philosophie... |on 27 novembre, 2015 |Pas de commentaires »
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