Archive pour décembre, 2016

Comme un écho venant du plus lointain passé… Fairfield Osborn, La Planète au Pillage

Comme un écho venant du plus lointain passé des régions dévastées de l’Asie Mineure, de la Palestine, de la Grèce et de l’Espagne, on peut discerner parmi les causes qui ont mis la vallée du Rio Grande dans le triste état où nous la voyons aujourd’hui l’éternel et désastreux conflit entre bergers et cultivateurs. À notre époque l’aspect et les modalités peuvent en être quelque peu différents sans que le fond du conflit cesse d’être en réalité le même. Les raids des hordes de pasteurs qu’a connus l’Antiquité ont de nos jours leur contrepartie dans la pression exercée sur le Congrès par les groupes politiques qui représentent les grands propriétaires de troupeaux. Les représentants des marchands de bois, eux aussi, font l’impossible pour arriver à des arrangements par où les profits de leurs commettants puissent être assurés et si possible augmentés. Dans l’état actuel des choses et des idées il n’y a rien là qui puisse être considéré comme contraire à la morale : c’est la façon américaine de faire des affaires. Désormais, pourtant, des faits bien établis exigent que les terres cultivables et les ressources renouvelables, les forêts, les eaux et la faune sauvage, soient utilisés dans le sens et au bénéfice du seul intérêt général. Il y a là en plus une question de conscience. Sous l’empire des lois actuelles quiconque vole un pain chez le boulanger peut être condamné à la prison. Son geste ne lèse que le boulanger, mais si pour le seul bénéfice de son porte-monnaie le propriétaire d’un terrain boisé dans le bassin versant d’une rivière vient à en abattre tous les arbres, le résultat bien net en est que des valeurs alimentaires sont soustraites non plus à un propriétaire mais à tous les propriétaires ou fermiers dont les terres sont situées en aval. Nous avons vu en effet que le déboisement d’un versant a pour effet inévitable de porter atteinte à la quantité d’eau disponible dans la vallée, parfois au point d’y faire entièrement tarir toutes les sources et tous les puits. En Amérique d’innombrables milliers de propriétaires et de fermiers ont été ainsi entièrement ruinés. Devant de pareils faits, quelles valeurs morales peuvent bien avoir nos présents codes ?

Fairfield Osborn, La Planète au Pillage [1948], p. 191-192, Actes Sud, 1949, trad. Maurice Planiol

 

9782742774470

 

 

 

Publié dans:Essais, philosophie... |on 6 décembre, 2016 |Pas de commentaires »

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