Archive pour mai, 2015

La qualité rare de l’architecture japonaise : « les lieux d’aisance construits à la manière de jadis » – Tanizaki

 

 

« Chaque fois que, dans un monastère de Kyôto ou de Nara, l’on me montre le chemin des lieux d’aisance construits à la manière de jadis, semi-obscurs et pourtant d’une propreté méticuleuse, je ressens intensément la qualité rare de l’architecture japonaise. Un pavillon de thé est un endroit plaisant, je le veux bien, mais des lieux d’aisance de style japonais, voilà qui est conçu véritablement pour la paix de l’esprit. Toujours à l’écart du bâtiment principal, ils sont disposés à l’abri d’un bosquet d’où vous parvient une odeur de vert feuillage et de mousse ; après avoir, pour s’y rendre, suivi une galerie couverte, accroupi dans la pénombre, baigné dans la lumière douce des shôji et plongé dans ses rêveries, l’on éprouve, à contempler le spectacle du jardin qui s’étend sous la fenêtre, une émotion qu’il est impossible de décrire. Au nombre des agréments de l’existence, le Maître Sôséki comptait, paraît-il, le fait d’aller chaque matin se soulager, tout en précisant que c’était une satisfaction d’ordre essentiellement physiologique ; or, il n’est, pour apprécier pleinement cet agrément, d’endroit plus adéquat que des lieux d’aisance de style japonais d’où l’on peut, à l’abri de murs tout simples, à la surface nette, contempler l’azur du ciel et le vert du feuillage. Au risque de me répéter, j’ajouterai d’ailleurs qu’une certaine qualité de pénombre, une absolue propreté et un silence tel que le chant d’un moustique offusquerait l’oreille, sont des conditions indispensables. Lorsque je me trouve en pareil endroit, il me plaît d’entendre tomber une pluie douce et régulière. Et cela tout particulièrement dans ces constructions propres aux provinces orientales, où l’on a ménagé, au ras du plancher, des ouvertures étroites et longues pour chasser les balayures, de telle sorte que l’on peut entendre, tout proche, le bruit apaisant des gouttes qui, tombant du bord de l’auvent ou des feuilles d’arbre, éclaboussent le pied des lanternes de pierre, imprègnent la mousse des dalles avant que ne les éponge le sol. En vérité ces lieux conviennent au cri des insectes, au chant des oiseaux, aux nuits de lune aussi ; c’est l’endroit le mieux fait pour goûter la poignante mélancolie des choses en chacune des quatre saisons, et les anciens poètes de haïkaï ont dû trouver là des thèmes innombrables. Aussi n’est-il pas impossible de prétendre que c’est dans la construction des lieux d’aisance que l’architecture japonaise atteint aux sommets du raffinement. Nos ancêtres, qui poétisaient toute chose, avaient réussi paradoxa­lement à transmuer en un lieu d’ultime bon goût l’endroit qui, de toute la demeure, devait par destination être le plus sordide et, par une étroite association avec la nature, à l’estomper dans un réseau de délicates associations d’images. Comparée à l’attitude des Occidentaux qui, de propos délibéré, décidèrent que le lieu était malpropre et qu’il fallait se garder même d’y faire en public la moindre allusion, infiniment plus sage est la nôtre, car nous avons pénétré là, en vérité, jusqu’à la moelle du raffinement. Les inconvénients, s’il faut à tout prix en trouver, seraient l’éloignement, et l’inconfort qui en résulte lorsqu’on est obligé de s’y rendre en pleine nuit, et d’autre part le risque, en hiver, d’y prendre un rhume ; si toutefois, pour reprendre un mot de Saitô Ryoku.u, « le raffinement est chose froide », le fait qu’il règne en ces lieux un froid égal à celui de l’air libre serait un agrément supplémentaire. »

Junichirô Tanizaki, Eloge de l’ombre, Verdier, trad.René Sieffert, pp. 19-21

Ce n’est qu’un passage, très dépaysant, de ce texte inépuisable où chaque mot compte, pour figurer ce sens inouï  de la beauté, propre à la civilisation japonaise. J’y reviendrai, c’est certain, en attendant :

La qualité rare de l'architecture japonaise :

Junichirô Tanizaki (wikimedia.org)

dsc02601 art de vivre dans Littérature (à l'exception de la poésie)
Monastère Koya-san, dans la préfecture de Wakayama (reomaori.wordpress.com)

 

Le problème de qui attend – Nietzsche et Rachmaninov

 

Pour commencer, un fragment de Nietzsche, dont la portée est phénoménale, c’est une réflexion aussi bien politique que littéraire, morale… J’aime à croire avec lui qu’il y a dans les tous les coins de la terre des hommes « qui attendent », qui ont leur mot à dire, sans que ce soit en vertu d’un diplôme soigneusement encadré, sans que l’on corrèle le « chiffre » de leurs ventes avec l’intérêt qu’ils présentent. Mais si le génie n’ébranle pas les foules en show télévisé, prodige éphémère et substituable, d’où viendront la vraie consécration, les mains tendues ? Il faut de la chance, mais il faut aussi de l’attention. Fait suite à ce passage, une musique de Rachmaninov, le prélude op.3 no 2, dans l’interprétation d’Evgeny Kissin, assez sombre, comme cette solution qui sommeille, éclate par fulgurances, retombe… 

 

Le problème de qui attend. - Il faut des coups de chance et bien de l’incalculable pour qu’un homme supérieur en qui sommeille la solution d’un problème entre encore en action – « en éruption », pourrait-on dire. – au moment propice. En moyenne, cela ne se produit pas, et dans tous les coins de la terre se tiennent des hommes qui attendent, qui savent à peine à quel point ils attendent, mais moins encore qu’ils attendent en vain. Parfois encore, le cri qui les éveille, ce hasard qui donne l’ »autorisation » d’entrer en action, vient trop tard, – au moment où le meilleur de la jeunesse et de la force d’agir a déjà été consommé à rester assis ; et combien d’hommes ont trouvé avec effroi, en « bondissant sur leurs jambes », leurs membres engourdis et leur esprit déjà trop pesant ! « Il est trop tard » – se dirent-ils, ayant perdu foi en eux-mêmes et désormais à jamais inutiles. – Le « Raphaël sans mains », le mot étant pris en sens le plus large, ne serait-il pas, au royaume du génie, non l’exception, mais bien la règle ? – Peut-être n’est-ce pas le génie qui est si rare : mais bien les cinq cents mains dont il a besoin pour – tyranniser le καιρός, « le moment propice », pour empoigner le hasard aux cheveux !

 

Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal, Neuvième Section,274.

Prélude op. 3 no 2 – Rachmaninov, Kissin

Le problème de qui attend - Nietzsche et Rachmaninov dans Essais, philosophie... rachmaninov

Sergueï Rachmaninov (postimg.com)

nietzsche Evgeny Kissin dans Musique

Friedrich Nietzsche (rschindler.com)

Evgeny-Kissin génie

Evgeny Kissin (resmusica.com)

 

Publié dans:Essais, philosophie..., Musique |on 30 mai, 2015 |Pas de commentaires »

« J’interviendrai » – Michaux, deux poèmes

 

Le recueil dans lequel ils figurent tous deux, La nuit remue (1935), est un régal fantasmagorique. En voici deux pièces où l’imagination de Michaux nous administre deux belles leçons :

 

MES OCCUPATIONS

 

Je peux rarement voir quelqu’un sans le battre. D’autres préfèrent le monologue intérieur. Moi, non. J’aime mieux battre.

Il y a des gens qui s’assoient en face de moi au restaurant et ne disent rien, ils restent un certain temps, car ils ont décidé de manger.

En voici un.

Je te l’agrippe, toc.

Je te le ragrippe, toc.

Je le pends au porte-manteau.

Je le décroche.

Je le repends.

Je le redécroche.

Je le mets sur la table, je le tasse et l’étouffe.

Je le salis, je l’inonde.

Il revit.

Je le rince, je l’étire (je commence à m’énerver, il faut en finir), je le masse, je le serre, je le résume et l’introduis dans un verre, et jette ostensiblement le contenu par terre, et dis au garçon : « Mettez-moi donc un verre plus propre. »

Mais je me sens mal, je règle promptement l’addition et je m’en vais.

 

La nuit remue, Henri Michaux, Gallimard Poésie, p. 106

***

INTERVENTION

 

Autrefois, j’avais trop le respect de la nature. Je me mettais devant les choses et les paysages et je les laissais faire.

Fini, maintenant j’interviendrai.

J’étais donc à Honfleur et je m’y ennuyais. Alors résolument j’y mis du chameau. Cela ne paraît pas fort indiqué. N’importe, c’était mon idée. D’ailleurs je la mis à exécution avec la plus grande prudence. Je les introduisis d’abord les jours de grande affluence, le samedi sur la place du Marché. L’encombrement devint indescriptible et les touristes disaient : « Ah ! ce que ça pue ! Sont-ils sales les gens d’ici ! » L’odeur gagna le port et se mit à terrasser celle de la crevette. On sortait de la foule plein de poussières et de poils d’on ne savait quoi.

Et la nuit il fallait entendre les coups de pattes des chameaux quand ils essayaient de franchir les écluses, gong ! gong ! sur le métal et les madriers !

L’envahissement par les chameaux se fit avec suite et sûreté. On commençait à voir les Honfleurais loucher à chaque instant avec ce regard soupçonneux spécial aux chameliers, quand ils inspectent leur caravane pour voir si rien ne manque et si on peut continuer à faire route ; mais je dus quitter Honfleur le quatrième jour.

J’avais lancé également un train de voyageurs. Il partait à toute allure de la Grand’Place, et résolument s’avançait sur la mer sans s’inquiéter de la lourdeur du matériel, il filait en avant sauvé par la foi.

Dommage que j’aie dû m’en aller, mais je doute fort que le calme renaisse tout de suite en cette petite ville de pêcheurs de crevettes et de moules.

 

Idem, pp. 143-144

 

 

Henri Michaux (larousse.fr)

 

 

 

 

 

 

Publié dans:Poésie |on 29 mai, 2015 |2 Commentaires »

L’éternel féminin – Simone de Beauvoir

 

 » Les coutumes, les modes, se sont souvent appliquées à couper le corps féminin de sa transcendance : la Chinoise aux pieds bandés peut à peine marcher, les griffes vernies de la star d’Hollywood la privent de ses mains, les hauts talons, les corsets, les paniers, les vertugadins, les crinolines étaient destinés moins à accentuer la cambrure du corps féminin qu’à en augmenter l’impotence. Alourdi de graisse, ou au contraire si diaphane que tout effort lui est interdit, paralysé par des vêtements incommodes et par les rites de la bienséance, c’est alors qu’il apparaît à l’homme comme sa chose. Le maquillage, les bijoux, servent aussi à cette pétrification du corps et du visage. La fonction de la parure est très complexe ; elle a chez certains primitifs un caractère sacré ; mais son rôle le plus habituel est d’achever la métamorphose de la femme en idole. Idole équivoque : l’homme la veut charnelle, sa beauté participera à celle des fleurs et des fruits ; mais elle doit aussi être lisse, dure, éternelle comme un caillou. Le rôle de la parure est à la fois de la faire participer plus intimement à la nature et de l’en arracher, c’est de prêter à la vie palpitante la nécessité figée de l’artifice. La femme se fait plante, panthère, diamant, nacre, en mêlant à son corps des fleurs, des fourrures, des pierreries, des coquillages, des plumes ; elle se parfume afin d’exhaler un arôme comme la rose et le lis : mais plumes, soie, perles et parfums servent aussi à dérober la crudité animale de sa chair, de son odeur. Elle peint sa bouche, ses joues pour leur donner la solidité immobile d’un masque ; son regard, elle l’emprisonne dans l’épaisseur du khôl et du mascara, il n’est plus que l’ornement chatoyant de ses yeux ; nattés, bouclés, sculptés, ses cheveux perdent leur inquiétant mystère végétal. Dans la femme parée, la Nature est présente, mais captive, modelée par une volonté humaine selon le désir de l’homme. Une femme est d’autant plus désirable que la nature y est davantage épanouie et plus rigoureusement asservie : c’est la femme «sophistiquée» qui a toujours été l’objet érotique idéal. (…)

Cependant c’est là le premier mensonge, la première trahison de la femme: c’est celle de la vie même qui, fût-elle revêtue des formes les plus attrayantes, est toujours habitée par les ferments de la vieillesse et de la mort. L’usage même que l’homme fait d’elle détruit ses vertus les plus précieuses : alourdie par les maternités, elle perd son attrait érotique ; même stérile, il suffit du passage des ans pour altérer ses charmes. Infirme, laide, vieille, la femme fait horreur. On dit qu’elle est flétrie, fanée, comme on le dirait d’une plante. Certes, chez l’homme aussi la décrépitude effraie ; mais l’homme normal n’expérimente pas les autres hommes comme chair ; il n’a avec ces corps autonomes et étrangers qu’une solidarité abstraite. C’est sur le corps de la femme, ce corps qui lui est destiné, que l’homme éprouve sensiblement la déchéance de la chair.  »

 

Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe (1949)

L'éternel féminin - Simone de Beauvoir dans Essais, philosophie...

Simone de Beauvoir (babelio.com)

Publié dans:Essais, philosophie... |on 28 mai, 2015 |Pas de commentaires »

« Mon ami » – Nerval

 

On peut reprocher à la plume de Bruyère, dans son inégalable encyclopédie des caractères, d’écorcher parfois sans aucun ménagement les travers les plus amusants, les bonshommes les plus pittoresques. A la lecture du Nerval assez confidentiel des Nuits d’octobre, la satire s’accommode d’un rire moins grinçant, et sur un ton plus personnel, le promeneur parisien amuse et s’amuse. Voilà le chapitre II de ce court texte, inclassable pour ainsi dire : au chapitre I, le narrateur qui projetait de faire une excursion à Meaux, tombe sur l’ami dont la description va suivre : « Je redescends la rue Hauteville. – Je rencontre un flâneur que je n’aurais pas reconnu si je n’eusse été désoeuvré, – et qui, après les premiers mots sur la pluie et le beau temps, se met à ouvrir une discussion touchant un point de philosophie ». La sauce tourne, « je » rate l’omnibus… Mais cet étrange ami va se joindre aux pérégrinations du narrateur, un voyage au bout de la nuit.

 

II. MON AMI

 

« Et puis qu’est-ce que cela prouve ? » — comme disait Denis Diderot.

Cela prouve que l’ami dont j’ai fait la rencontre est un de ces badauds enracinés que Dickens appellerait cockneys, produits assez communs de notre civilisation et de la capitale. Vous l’aurez aperçu vingt fois, vous êtes son ami, — et il ne vous reconnaît pas. Il marche dans un rêve comme les dieux de l’Iliade marchaient parfois dans un nuage, seulement, c’est le contraire : vous le voyez, et il ne vous voit pas.

Il s’arrêtera une heure à la porte d’un marchand d’oiseaux, cherchant à comprendre leur langage d’après le dictionnaire phonétique laissé par Dupont et de Nemours, — qui a déterminé quinze cents mots dans la langue seule du rossignol !

Pas un cercle entourant quelque chanteur ou quelque marchand de cirage, pas une rixe, pas une bataille de chiens, où il n’arrête sa contemplation distraite. L’escamoteur lui emprunte toujours son mouchoir, qu’il a quelquefois, ou la pièce de cent sols, — qu’il n’a pas toujours.

L’abordez-vous ? le voilà charmé d’obtenir un auditeur à son bavardage, à ses systèmes, à ses interminables dissertations, à ses récits de l’autre monde. Il vous parlera de omni re scibili et quibusdam aliis, pendant quatre heures, avec des poumons qui. prennent de la force en s’échauffant; — et ne s’arrêtera qu’en s’apercevant que les passants font cercle, ou que les garçons du café font leurs lits. Il attend encore qu’ils éteignent le gaz. Alors, il faut bien partir; laissez-le s’enivrer du triomphe qu’il vient d’obtenir, car il a toutes les ressources de la dialectique, et avec lui vous n’aurez jamais le dernier mot sur quoi que ce soit. À minuit, tout le monde pense avec terreur à son portier. — Quant à lui-même, il a déjà fait son deuil du sien, et il ira se promener à quelques lieues, — ou seulement à Montmartre.

Quelle bonne promenade, en effet, que celle des buttes Montmartre, à minuit, quand les étoiles scintillent et que l’on peut les observer régulièrement au méridien de Louis XIII, près du Moulin de Beurre ! Un tel homme ne craint pas les voleurs. Ils le connaissent ; — non qu’il soit pauvre toujours, quelquefois il est riche ; mais ils savent qu’au besoin il saurait jouer du couteau, ou faire le moulinet à quatre faces, en s’aidant du premier bâton venu. Pour le chausson, c’est l’élève de Lozès. Il n’ignore que l’escrime, parce qu’il n’aime pas les pointes, — et n’a jamais appris sérieusement le pistolet, parce qu’il croit que les balles ont leurs numéros.

 

Gérard de Nerval (wikipedia.org)

Meuble à tiroirs, buffet – Baudelaire, Rimbaud

 

Inutile de présenter Charles Baudelaire et Arthur Rimbaud, qu’on classe à titre si juste parmi les plus grands voyants qui aient jamais foulé cette poussière terrestre qu’ils peignent, arrangent et dérangent avec une géniale fécondité. J’emploie le présent, encore une fois, inutile de préciser pourquoi : voici plutôt une lecture croisée de deux poèmes très fameux ancrés, à un stade de leur développement au moins, à un meuble. Le meuble à tiroirs de Baudelaire est un tour de force incroyable, une métaphore inégalable, et ce qui est encore plus inégalable, c’est la succession des variantes, la métamorphose en espaces et objets, ouverts ou clos, larges et réduits, toute en synesthésie qui fait la trame du poème. Le buffet rimbaldien lui fait pendant, de manière fort rassurante : il est havre, promesse d’un temps des cerises et de contes familiaux, il est l’histoire des vies minuscules où l’on cherche le repos, à l’ombre duquel on peut s’étendre ;  encombré, « large », il n’est pas encombrant à la manière du « gros » meuble baudelairien, capharnaüm où gigote avec langueur ce pauvre moi abîmé. Il est le réconfort du passé, quand le premier est le barrage du temps présent. Bref, j’arrête mes bêtises, place aux poètes :

 

LX

SPLEEN

 

J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombrés de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité
Prend les proportions de l’immortalité.
- Désormais tu n’es plus, ô matière vivante!
Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d’un Sahara brumeux
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche
Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.

(« Spleen et Idéal », Les Fleurs du mal, Livre de Poche, p. 90)

 

***

 

LE BUFFET

 

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons 
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;

- C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

- O buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires, 
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

octobre 70

(Oeuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, p. 108)

 

 

Meuble à tiroirs, buffet - Baudelaire, Rimbaud dans Poésie ph_0111201517-Baudelaire

Charles Baudelaire (enotes.com)

 

 Baudelaire dans Poésie

Arthur Rimbaud (wikimedia.org)

Publié dans:Poésie |on 25 mai, 2015 |Pas de commentaires »

Icare – Jarosław Iwaszkiewicz, musique de Szymanowski

 

Je demande pardon à qui s’aventurera dans cet article, pour son volume assez inhabituel, mais comme il s’agit aujourd’hui d’honorer une nouvelle magistrale, de surcroît composée par un cousin éloigné du compositeur Karol Szymanowski, il m’a fallu rendre hommage à ces deux monstres sacrés de la culture polonaise du XXème siècle. Il est vrai que les lettres polonaises se sont taillé une part de choix sur ce blog depuis un mois, et cela tient vraisemblablement à l’obscurité dans laquelle sont plongées celles-ci pour le lecteur français. Qu’à cela ne tienne : je suis en mesure de proposer à la lecture une nouvelle de Jarosław Iwaszkiewicz (1894-1980), polygraphe célébrissime dans sa patrie, mais aussi figure majeure de la résistance durant la Seconde Guerre (sa maison à Stawisko, près de Varsovie, était un haut lieu de rencontre entre intellectuels résistants). La reconnaissance lui vint d’abord pour sa poésie, et on le tient pour un des plus grands nouvellistes polonais : à vous d’en juger avec Icare, qui relève vraiment du prodige, de la grâce absolue et de l’horreur totale. En accompagnement, une pièce de Karol Szymanowski (1882-1937), autre gloire éclipsée des arts polonais, l’étude op. 4 no. 3 interprétée par son jeune homonyme (à défaut de cette précision, c’est peut-être seulement son homonyme et non son descendant) Michał Szymanowski.

 

ICARE

 

Il existe un tableau de Bruegel, intitulé « La Chute d’Icare ». Un paysan y laboure la terre sur un rivage escarpé, un berger insouciant fait paître son troupeau, un pêcheur retire ses lignes de l’eau, une ville tranquille semble sommeiller dans le lointain. Un navire, toutes voiles dehors, vogue sur la mer. À bord, des marchands discutent affaires. Bref, la vie s’écoule, avec ses soucis quotidiens, ses tensions journalières, ses occupations et ses tracas ordinaires. Où est Icare ? Où est celui qui tenta de voler jusqu’au soleil ? Ce n’est qu’en examinant attentivement le tableau que l’on aperçoit dans la mer deux jambes sortant de l’eau et quelques plumes voletant au-dessus des flots, arrachées par la violence de la chute aux ailes construites pourtant avec ingéniosité. Icare vient juste de tomber. Le téméraire, selon la légende grecque, s’était attaché des ailes pour pour s’élever très haut et s’approcher du soleil. Les rayons de l’astre firent fondre la cire qui retenait les rangées de plumes à ses ailes et le jeune homme tomba.La tragédie s’est accomplie, mais les hommes ne l’ont pas remarqué. Ni le paysan qui labourait sa terre, ni le marchand voguant au loin, ni le berger qui regardait le ciel -personne n’a remarqué la chute d’Icare. Seul le poète, ou le peintre, a vu cette mort et l’a transmise à la postérité. 
Je me remémore ce tableau chaque fois que je songe à un événement dont je fus le témoin. C’était au mois de juin 1942 ou 1943. Un beau soir d’été descendait sur Varsovie et des lueurs roses jetaient des ombres gracieuses sur des murs délabrés. La course frénétique des gens pressés de rentrer chez eux, se hâtant de prendre le tramway avant le couvre-feu, noyait dans la foule de vêtements civils les uniformes militaires, de plus en plus rares à cette heure. À ce moment de la journée, les rues animées de Varsovie, embellies par ce magnifique temps de juin, semblaient, l’espace d’un instant, libres de l’occupant. L’espace d’un instant…
 
Je me trouvais à l’arrêt de tramway, au coin de la rue Trebacka et de la rue Krakowskie Przedmiescie. Les tramways tintaient, alignant les unes derrière les autres leurs carcasses rouges, le long de Krakowskie Przedmiescie. Les gens se poussaient par paquets à l’intérieur, s’agglutinaient sur les marches, s’accrochaient sur les tampons, pendaient en grappes à l’arrière et sur les côtés. De temps à autre, un zéro rouge filait, réservé uniquement aux Allemands, et donc presque vide. J’attendis assez longtemps une voiture dans laquelle il fût plus aisé de monter. Elle arriva mais je n’y montai pas, ayant brusquement pris goût à cette foule qui m’entourait, indifférent à moi-même. Devant moi, Mickiewicz se dressait haut sur son piédestal ; des modestes fleurs parfumées poussaient autour du monument ; devant l’église des Carmélites, les voitures tournaient en crissant leurs pneus ; au milieu des cris, des vendeurs de journaux, des marchands de cigarettes et de gâteaux fourmillaient devant un magasin étincelant dont on fermait les stores avec fracas ; on descendait les grilles sur les portes et les fenêtres des entrepôts ; dans le petit square, où jeunes et vieux occupaient les bancs jusqu’aux dernières places, des moineaux pépiaient, tout aussi serrés sur les arbres chétifs. Tout sombrait lentement dans le crépuscule bleu de ce soir d’été. En cet instant, j’entendais le cœur battant de Varsovie et, malgré moi, je m’attardais parmi les hommes, pour continuer à savourer avec eux cette soirée d’été en ville.
À ce moment, j’aperçus un jeune garçon qui, venant sans doute de la rue Bednarska, dépassa assez imprudemment la carlingue rouge du tramway qui démarrait. Il s’arrêta sur le terre-plein, face à la chaussée, le dos à la cohue, les yeux fixés sur un livre, avec lequel il semblait avoir émergé du crépuscule, qui virait maintenant au gris. Il n’avait pas plus de quinze ou seize ans. En lisant, il secouait de temps à autre sa chevelure blonde, écartant les mèches qui lui tombaient sur le front. Un second livre dépassait de sa poche latérale. Quant à l’autre, il le tenait plié devant les yeux, ne pouvant visiblement s’en détacher. Il venait sans doute de se le procurer auprès d’un camarade ou dans une bibliothèque clandestine et, sans attendre d’être rentré à la maison, il voulait en commencer la lecture tout de suite, dans la rue. Je regrettai de ne pas savoir de quel livre il s’agissait, de loin il ressemblait à un manuel, mais aucun manuel ne sucite un tel intérêt chez un jeune homme. Peut-être étaient-ce des poèmes ? Ou un livre d’économie ? Je ne sais pas.
Le garçon resta un instant sur le terre-plein, plongé dans sa lecture. Il ne prenait pas garde à la bousculade, à la foule qui se pressait dans les wagons. Plusieurs traînées rouges passèrent derrière lui, il ne détournait pas les yeux de son livre. Soit qu’il en eût eu assez de la bousculade et des cris autour de lui, soit qu’il eût ressenti soudain inconsciemment la nécessité de rentrer rapidement chez lui, je le vis descendre sur la chaussée, les yeux longtemps rivés sur son livre, fonçant droit vers une voiture.
La voiture freina brutalement, faisant crisser ses pneus sur l’asphalte et, pour éviter le garçon, elle braqua violemment et s’arrêta net, juste avant le coin de la rue Trebacka. Je vis avec effroi qu’il s’agissait d’une ambulance de la gestapo. Le jeune homme voulut contourner la voiture. Mais, à cet instant, la portière arrière de l’ambulance s’ouvrit et deux individus sortirent, coiffés de casques à tête de mort. Ils se trouvèrent juste à côté du garçon. L’un d’eux cria d’une voix gutturale, l’autre l’invita d’un geste rond et railleur à monter dans l’ambulance. 
Je vois encore ce jeune homme immobile devant la portière, gêné, confus… Il faisait un mouvement naïf de la tête pour dire non, tel un enfant promettant que plus jamais il ne… « Je n’ai rien fait, semblait-il dire, j’ai juste… » Il désignait le livre comme la cause de son inattention. Comme si l’on pouvait, en l’occurrence, expliquer quoi que ce soit. Il refusait de monter dans l’ambulance, poussé par un dernier sursaut de sa vie perdue.
 Le gendarme exigea ses papiers, arracha la kenkarte* que le garçon venait de sortir et d’un geste violent le poussa à l’intérieur. Le second vint à la rescousse, le garçon finit par monter, les hommes de la gestapo derrière lui. La portière claqua et l’ambulance, démarrant en trombe, se dirigea à vive allure vers l’allée de Szuch…
Je la perdis de vue. Je regardai autour de moi, en quête d’une explication, d’une marque de compassion pour ce qui venait d’arriver. Un jeune homme venait de mourir. À ma stupeur, je réalisai que personne n’avait remarqué cet événement. Tout s’est déroulé si rapidement, chacun était tellement absorbé par sa hâte, que l’enlèvement du jeune homme était passé inaperçu. Les dames, qui se trouvaient juste à côté de moi, se querellaient pour savoir par quel tramway il leur serait plus commode de rentrer, deux messieurs allumaient leur cigarette derrière le poteau de l’arrêt ; à côté de son panier posé au pied du mur, une marchande ne cessait de répéter, comme une incantation bouddhiste : « Citrons, citrons, mes beaux citrons » ; de jeunes garçons traversaient la rue en courant derrière les tramways qui démarraient, au risque de tomber sur d’autres voitures. Mickiewicz se dressait tranquillement, les fleurs embaumaient, les petits bouleaux et les sorbiers à côté du monument se balançaient, agités par un vent léger, la disparition de ce jeune garçon ne signifiait rien pour personne. J’étais seul à avoir remarqué qu’Icare venait de se noyer.
Je restai encore longtemps immobile, attendant que le foule se dissipât. Je pensais que « Michas » – c’est ainsi que je le nommais – reviendrait peut-être. J’imaginais sa maison, ses parents attendant son retour, sa mère préparant le repas du soir, et je ne pouvais supporter l’idée qu’ils ne sauraient jamais comment leur fils était mort. Je ne pensais pas, connaissant les habitudes de nos occupants, qu’il pût s’arracher à leurs griffes, il s’était laissé prendre si bêtement !  La cruauté gratuite de cet enlèvement me bouleversa profondément, et m’émeut encore aujourd’hui. 
Ceux qui allaient périr au combat savaient pourquoi – peut-être éprouvaient-ils une consolation à l’idée que leur mort aurait un sens. Mais combien y en eut-il comme cet Icare, qui disparaissaient dans l’océan de l’oubli pour une raison cruelle et absurde.
Le soir tombait, la ville s’endormait d’un sommeil lourd et fébrile… Je quittai enfin l’arrêt et, dépassant le monument de Mickiewicz, je rentrai à pied… Mais l’image de Michas continua de me poursuivre, il secouait la tête pour dire « Non, non, c’est seulement la faute de ce livre… je ferai attention maintenant… »

 

« Icare », dans le recueil de nouvelles Icare, Editions Complexe, 1990, pp. 7-13, trad. Marie Bouvard

 

 

Icare - Jarosław Iwaszkiewicz, musique de Szymanowski dans Littérature (à l'exception de la poésie) 9480e01d-4177-4807-8c5e-4b6d9499470a

Jarosław Iwaszkiewicz (static.prsa.pl)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Etude op. 4 no. 3 – Karol, Michał Szymanowski

Karol_Szymanowski guerre dans Littérature (à l'exception de la poésie)

Karol Szymanowski (wikimedia.org)

 

 

 

 

 

146 Iwaszkiewicz

Michał Szymanowski (cdaccord.com.pl)

 

 

 

 

 

 

 

Musiques du cygne

 

 

Musiques du cygne dans Musique Ary_Scheffer_-_Franz_Liszt

Franz Liszt (wikimedia.org)

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Franz Schubert (oxfordlieder.co.u

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici un nouveau tryptique, qui n’est pas d’une originalité formidable, mais qui a le mérite de réunir trois grands compositeurs autour d’un thème archipoétique, archiclassique, battu et rebattu, livrant néanmoins chacun des pièces d’exception. Je pense au Chant du Cygne, de l’autrichien Franz Schubert (1797-1828) (dans la transcription de Franz Liszt, 1811-1886, pour piano), au Cygne du français Camille Saint-Saëns (1835-1921) et au Lac des cygnes, du russe Tchaïkovsky (1840-1893). Bien sûr, pour le ballet de Tchaïkovski, j’avais l’embarras du choix, mais la valse du premier acte me charme singulièrement. Bonne écoute !

Le Chant du Cygne (Ständchen) – Schubert, Liszt, Horowitz

Le Lac des Cygnes, acte I, Valse – Tchaïkovski, orchestre de Philadelphie

« Le Cygne » in Le Carnaval des Animaux – Saint-Saëns, Jeremy Nicholas

 

Saint-Saens Liszt

Camille Saint-Saëns (hberlioz.com)

70029-004-74AD88C3 Piano

Piotr Ilitch Tchaïkovski (britannica.com)

 

Publié dans:Musique |on 23 mai, 2015 |Pas de commentaires »

L’auteur sur ses traces toutes chaudes – Julien Gracq

 

« La lecture d’un ouvrage littéraire n’est pas seulement, d’un esprit dans un autre esprit, le transvasement d’un complexe organisé d’idées et d’images, ni le travail actif d’un sujet sur une collection de signes qu’il a à réanimer à sa manière de bout en bout, c’est aussi, tout au long d’une visite intégralement réglée, à l’itinéraire de laquelle il n’est nul moyen de changer une virgule, l’accueil au lecteur de quelqu’un : le concepteur et le constructeur, devenu le nu-propriétaire, qui vous fait du début à la fin les honneurs de son domaine, et de la compagnie duquel il n’est pas question de se libérer. Je suis pour ma part extrêmement sensible aux nuances de cet accueil, au point d’être gêné de bout en bout dans la visite d’une propriété même splendide, si je dois le faire en indésirable ou en indésirable compagnie. L’accueil d’un Hugo, par exemple, au seuil d’un de ses livres, dédaigne superbement ma chétive personne et s’adresse, plutôt qu’à un ami lecteur, à un collectif respectueux de touristes passant intimidés le seuil d’un lieu historique. Celui de Malraux, qui immanquablement me met mal à l’aise, semble toujours agacé et comme impatient de s’adresse à quelqu’un de si peu intelligent que vous. Le compagnonnage amusant, piquant, inépuisable, de Stendhal est celui de quelqu’un avec qui on ne s’ennuiera pas une seconde, mais qui ne vous laissera pas l’occasion de placer un mot. À le relire récemment, dans le loisir forcé de ma chambre déserte, je redécouvre un des charmes majeurs de Nerval : une gentillesse d’accueil simple et cordiale, une sorte d’alacrité vagabonde et discrètement fraternelle, qui jamais n’insiste et semble toujours prête si vous le voulez à se laisser oublier.

Et il y a aussi celui qui vous abandonne en chemin ou refuse de vous prendre en charge (ce n’est pas toujours désagréable) et celui au contraire qui guette le chaland à sa porte, et se met bourgeoisement en vitrine, comme une « respectueuse » d’Amsterdam. Si impersonnel qu’il se veuille, un livre de fiction est toujours une maison vide que tout, de pièce en pièce, dénonce comme encore quotidiennement, désinvoltement habitée, du manteau accroché à la patère à la robe de chambre qui traîne sur le lit, et au désordre de la table de travail – et je suis toujours content quand j’ai l’impression de surprendre l’auteur sur ses traces toutes chaudes, et comme au saut du déménagement. »

 

Julien Gracq, En lisant en écrivant, José Corti, 1980, pp. 168-169

L'auteur sur ses traces toutes chaudes - Julien Gracq dans Essais, philosophie...

Julien Gracq (babelio.com)

Suivez la ligne -Julio Cortázar, Les lignes de la main

 

Virtuose, comme l’est couramment Cortázar : cela se passe de commentaires. J’indique toutefois un lien vers le texte original : http://www.lamaquinadeltiempo.com/contempo/cortazar3.html

 

LES LIGNES DE LA MAIN

Dune lettre jetée sur la table s’échappe une ligne qui court sur la veine d’une planche et descend le long d’un pied. Si l’on regarde attentivement, on s’aperçoit qu’à terre la ligne suit les lames du parquet, remonte le long du mur, entre dans une gravure de Boucher, dessine l’épaule d’une femme allongée sur un divan et enfin s’échappe de la pièce par le toit pour redescendre dans la rue par le câble du paratonnerre. Là il est difficile de la suivre à cause du trafic mais si l’on s’en donne la peine, on la verra remonter sur la roue d’un autobus arrêté qui va au port… Elle monte sur le bateau aux sonores turbines, glisse sur les planches du pont de première classe, franchit avec difficulté la grande écoutille et, dans une cabine où un homme triste boit du cognac, elle remonte la couture de son pantalon, gagne son pull-over, se glisse jusqu’au coude et, dans un dernier effort, se blottit dans la paume de sa main droite qui juste à cet instant saisit un revolver.

                                                                                                                                                                                                        Julio Cortázar, Cronopes et fameux, Gallimard, Collection du Monde entier, 1977, pp. 114-115.

 

Suivez la ligne -Julio Cortázar, Les lignes de la main dans Littérature (à l'exception de la poésie) cortazar-6564

Julio Cortázar (elortiba.org)

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