Le droit que tout, ici-bas, ne se passe pas toujours mal – Sartre, « la fin de la guerre »

Nous avons cru sans preuve que la paix était l’état naturel et la substance de l’Univers, que la guerre n’était qu’une agitation temporaire de sa surface. Aujourd’hui nous reconnaissons notre erreur : la fin de la guerre, c’est tout simplement la fin de cette guerre. L’avenir n’est pas engagé : nous ne croyons pas à la fin des guerres ; et même, nous nous sommes tellement accoutumés au bruit des armes, tellement engourdis par nos blessures et notre faim, que nous n’arrivons même plus tout à fait à la souhaiter. Si l’on nous apprenait demain qu’un nouveau conflit vient d’éclater, nous dirions : « C’est dans l’ordre », avec un haussement d’épaules résigné. Chez les meilleurs je découvre en outre un sourd consentement à la guerre qui est comme une adhésion au plein tragique de la condition humain(sic). La pacifisme recélait encore l’espoir qu’un jour, à force de patience et de pureté, on ferait descendre le ciel sur terre ; les pacifistes croyaient encore que l’homme a de naissance le droit que tout, ici-bas, ne se passe pas toujours mal. Aujourd’hui le vois beaucoup de jeunes gens réfléchis et modestes qui ne se reconnaissent aucun droit, pas même celui d’espérer. Ils détestent la violence, mais ils ne sont pas assez optimistes, ils sont trop appliqués pour oser croire qu’on pourra s’en passer. J’en ai vu que refusaient de faire état de leur santé précaire au conseil de révision, de crainte d’être réformés. « J’aurais bonne mine, disaient-ils, à la prochaine. » Aussi semble-t-il que cette guerre, qui fut beaucoup plus atroce que la précédente, ait laissé de moins mauvais souvenirs. Peut-être parce qu’on a cru longtemps qu’elle était moins stupide. Il ne paraissait pas stupide de se battre contre l’impérialisme allemand, de résister à l’armée d’occupation. Aujourd’hui seulement on s’aperçoit que Mussolini, Hitler, Hiro-Hito n’étaient que des roitelets. Ces puissances de rapine et de sang qui se jetaient sur les démocraties, c’étaient de loin les nations les plus faibles. Les roitelets sont morts et déchus, leurs petites principautés féodales, Allemagne, Italie, Japon, sont à terre. Le monde est simplifié : deux géants se dressent, seuls, et ne se regardent pas d’un bon oeil. Mais il faudra quelque temps avant que cette guerre-ci ne révèle son vrai visage. Ses ultimes moments ont été pour nous avertir de la fragilité humaine. Aussi aimons-nous qu’elle finisse, mais non pas la façon dont elle finit. Plus d’un Européen eût préféré que le Japon fût envahi, écrasé sous les bombardements de la flotte : mais cette petite bombe qui peut tuer cent mille hommes d’un coup et qui, demain, en tuera deux millions, elle nous met tout à coup en face de nos responsabilités. À la prochaine, la terre peut sauter, cette fin absurde laisserait en suspens pour toujours les problèmes qui font depuis dix mille ans nos soucis. Personne ne saurait jamais si l’homme eût pu surmonter les haines de race, s’il eût trouvé une solution aux luttes de classe. Lorsqu’on y pense, tout semble vain. Pourtant il fallait bien qu’un jour l’humanité fût mise en possession de sa mort. Jusqu’ici elle poursuivait une vie qui lui venait on ne sait d’où et n’avait même pas le pouvoir de refuser son propre suicide faute de disposer des moyens qui lui eûssent permis de l’accomplir. Les guerres creusaient de petits trous en entonnoirs, vite comblés, dans cette masse compacte de vivants. Chaque homme était à l’abri dans la foule, protégé contre le néant antédiluvien par les générations de ses pères, contre le néant futur par celle de ses neveux, toujours au milieu du temps, jamais aux extrêmes. Nous voilà pourtant revenus à l’An Mil, chaque matin nous serons à la veille de la fin des temps ; à la veille du jour où nous honnêteté, notre courage, notre bonne volonté n’auront plus de sens pour personne, s’abîmeront de pair avec la méchanceté, la mauvaise volonté, la peur dans une instinction radicale. Après la mort de Dieu, voici qu’on annonce la mort de l’homme. Désormais ma liberté est plus pure : cet acte que je fais aujourd’hui, ni Dieu ni homme n’en seront les témoins perpétuels. Il faut que je sois, en ce jour même et dans l’éternité, mon propre témoin. Moral parce que je veux l’être, sur cette terre minée. Et l’humanité tout entière, si elle continue de vivre, ce ne sera pas simplement parce qu’elle est née, mais parce qu’elle aura décidé de prolonger sa vie. Il n’y a plus d’espèce humaine. La communauté qui s’est faite gardienne de la bombe atomique est au-dessus du règne naturel car elles est responsable de sa vie et de sa mort : il faudra qu’à chaque jour, à chaque minute elle consente à vivre. Voilà ce que nous éprouvons aujourd’hui dans l’angoisse. Mais non, direz-vous : nous sommes tout simplement à la merci d’un fou. Cela n’est pas vrai : la bombe atomique n’est pas à la disposition du premier aliéné venu ; il faudrait que ce fou fût un Hitler, et de ce nouveau Führer, comme du premier, nous serions tous responsables. Ainsi, au moment où finit cette guerre, la boucle est bouclée, en chacun de nous l’humanité découvre sa mort possible, assume sa vie et sa mort.

Faut-il renoncer à construire cette paix, la plus périlleuse de toutes, parce que nous ne croyons plus à la Paix, parce que notre pays a perdu beaucoup de ses pouvoirs, parce que le suicide possible de la terre entache nos entreprises d’un subtil néant ?

Jean-Paul Sartre, « La fin de la guerre » (extrait), octobre 1945, numéro 1 des Temps Modernes

Le droit que tout, ici-bas, ne se passe pas toujours mal - Sartre,

Sartre en 1967 (wikipedia.org)

Publié dans : Essais, philosophie... | le 23 juillet, 2017 |Pas de Commentaires »

Comme un écho venant du plus lointain passé… Fairfield Osborn, La Planète au Pillage

Comme un écho venant du plus lointain passé des régions dévastées de l’Asie Mineure, de la Palestine, de la Grèce et de l’Espagne, on peut discerner parmi les causes qui ont mis la vallée du Rio Grande dans le triste état où nous la voyons aujourd’hui l’éternel et désastreux conflit entre bergers et cultivateurs. À notre époque l’aspect et les modalités peuvent en être quelque peu différents sans que le fond du conflit cesse d’être en réalité le même. Les raids des hordes de pasteurs qu’a connus l’Antiquité ont de nos jours leur contrepartie dans la pression exercée sur le Congrès par les groupes politiques qui représentent les grands propriétaires de troupeaux. Les représentants des marchands de bois, eux aussi, font l’impossible pour arriver à des arrangements par où les profits de leurs commettants puissent être assurés et si possible augmentés. Dans l’état actuel des choses et des idées il n’y a rien là qui puisse être considéré comme contraire à la morale : c’est la façon américaine de faire des affaires. Désormais, pourtant, des faits bien établis exigent que les terres cultivables et les ressources renouvelables, les forêts, les eaux et la faune sauvage, soient utilisés dans le sens et au bénéfice du seul intérêt général. Il y a là en plus une question de conscience. Sous l’empire des lois actuelles quiconque vole un pain chez le boulanger peut être condamné à la prison. Son geste ne lèse que le boulanger, mais si pour le seul bénéfice de son porte-monnaie le propriétaire d’un terrain boisé dans le bassin versant d’une rivière vient à en abattre tous les arbres, le résultat bien net en est que des valeurs alimentaires sont soustraites non plus à un propriétaire mais à tous les propriétaires ou fermiers dont les terres sont situées en aval. Nous avons vu en effet que le déboisement d’un versant a pour effet inévitable de porter atteinte à la quantité d’eau disponible dans la vallée, parfois au point d’y faire entièrement tarir toutes les sources et tous les puits. En Amérique d’innombrables milliers de propriétaires et de fermiers ont été ainsi entièrement ruinés. Devant de pareils faits, quelles valeurs morales peuvent bien avoir nos présents codes ?

Fairfield Osborn, La Planète au Pillage [1948], p. 191-192, Actes Sud, 1949, trad. Maurice Planiol

 

9782742774470

 

 

 

Publié dans : Essais, philosophie... | le 6 décembre, 2016 |Pas de Commentaires »

Si l’on abdique sa vie à la source… Lewis Mumford, Techniques autoritaires et démocratiques

Pourquoi notre époque s’est-elle si facilement
rendue aux contrôleurs, aux manipulateurs,
aux conditionneurs de la technique autoritaire
? La réponse à cette question est à la
fois paradoxale et ironique. La technique
d’aujourd’hui diffère des systèmes autoritaires
du passé, ouvertement brutaux, d’une
façon particulière favorable : elle a accepté
le principe de base de la démocratie selon
lequel chaque membre de la société doit
avoir une part de ses biens. En remplissant
progressivement cette part de la promesse
démocratique, notre système a atteint une
emprise sur toute la communauté qui
menace de faire disparaître tous les autres
vestiges de la démocratie.

Le marché que l’on nous demande de passer
ressemble à une superbe mariée. Sous le
contrat social démocratico-autoritaire, chaque
membre de la communauté peut revendiquer
tous les avantages matériels, tous les
stimuli intellectuels et émotionnels qu’il peut
désirer, et ce, dans des quantités supérieures
à celles disponibles jusqu’ici pour les minorités
les plus favorisées : nourriture, maison,
transports rapides, communications instantanées,
soins médicaux, loisirs, éducation.
Mais à une condition : que chacun ne
demande pas ce que le système n’apporte
pas et qu’il accepte de prendre tout ce qui
lui est offert, dûment préparé et fabriqué,
homogénéisé et égalisé, dans les quantités
précises dont le système, plutôt que la personne,
a besoin. Une fois que l’on a choisi
le système, il n’y a plus d’autres choix. En un
mot, si l’on abdique sa vie à la source, la
technique autoritaire donnera en retour tout
ce qui peut être mécaniquement évalué,
quantitativement multiplié, collectivement
manipulé et amplifié.

extrait de « Techniques autoritaires et démocratiques » de Lewis Mumford, discours prononcé en 1963, , trad. Catherine Bourgain

 

 

Si l'on abdique sa vie à la source... Lewis Mumford, Techniques autoritaires et démocratiques dans Essais, philosophie... lewis-mumford-1895-1990-granger

Lewis Mumford (alchetron.com)

Publié dans : Essais, philosophie... | le 27 septembre, 2016 |Pas de Commentaires »

Le sentiment du mouvement – Ray Bradbury, Fahrenheit 451

- Heureusement, les toqués dans son genre sont rares. À présent, on sait comment les étouffer dans l’oeuf. On ne peut pas construire une maison sans clous ni bois. Si vous ne voulez pas que la maison soit construite, cachez les clous et le bois. Si vous ne voulez pas qu’un homme se rende malheureux avec la politique, n’allez pas lui casser la tête en lui proposant deux points de vue sur une question ; proposez-lui-en un seul. Mieux encore, ne lui en proposez aucun. Qu’il oublie jusqu’à l’existence de la guerre. Si le gouvernement est inefficace, pesant, gourmand en matière d’impôt, cela vaut mieux que d’embêter les gens avec ça. La paix, Montag. Proposez des concours où l’on gagne en se souvenant des paroles de quelque chanson populaire, du nom de la capitale de tel ou tel État ou de la quantité de maïs récoltée dans l’Iowa l’année précédente. Bourrez les gens de données incombustibles, gorgez-les de « faits », qu’ils se sentent gavés, mais absolument « brillants » côté information. Ils auront alors le sentiment du mouvement tout en faisant du sur-place. Et ils seront heureux parce que de tels faits ne changent pas. Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie ou la sociologie pour relier les choses entre elles. C’est la porte ouverte à la mélancolie. Tout homme capable de démonter un télécran mural et de le remonter, et la plupart des hommes en sont aujourd’hui capables, est plus heureux que celui qui essaie de jouer de la règle à calcul, de mesurer, de mettre l’univers en équations, ce qui ne peut se faire sans que l’homme se sente solitaire et ravalé au rang de la bête. Je le sais, j’ai essayé. Au diable, tout ça. Alors place aux clubs et aux soirées entre amis, aux acrobates et aux prestidigitateurs, aux casse-cou, jet cars, motogyres, au sexe et à l’héroïne,  à tout ce qui ne suppose que des réflexes automatiques. Si la pièce est mauvaise, si le film ne raconte rien, si la représentation est dépourvue d’intérêt, collez-moi une dose massive de thérémine. Je me croirai sensible au spectacle alors qu’il ne s’agira que d’une réaction tactile aux vibrations. Mais je m’en fiche. Tout ce que je réclame, c’est de la distraction. »

Beatty se leva. « Bon, il faut que j’y aille. La conférence est terminée. J’espère avoir clarifié les choses. L’important pour vous, Montag, c’est de vous souvenir que nous sommes les Garants du Bonheur, les Divins Duettistes, vous, moi et les autres. Nous faisons front contre la petite frange de ceux qui veulent affliger les gens avec leurs théories et leurs idées contradictoires. Nous avons les doigts collés à la digue. Tenons bon. Ne laissons pas le torrent de la mélancolie et de la philosophie débilitante noyer notre monde. Nous dépendons de vous. Je ne crois pas que vous vous rendiez compte de votre importance pour la préservation du bonheur qui règne en notre monde. »

Beatty serra la main molle de Montag. Celui-ci était toujours assis dans son lit, comme si la maison était en train de s’effondrer autour de lui sans qu’il puisse bouger. Mildred avait disparu du seuil de la porte.

« Un dernier mot, dit Beatty. Une fois au moins dans sa carrière, tout pompier ressent une démangeaison. Qu’est-ce que racontent les livres, se demande-t-il. Ah, cette envie de se gratter, hein ? Eh bien, Montag, croyez-moi sur parole, il m’a fallu en lire quelques-uns dans le temps, pour savoir de quoi il retournait : ils ne racontent rien ! Rien que l’on puisse enseigner ou croire. Ils parlent d’êtres qui n’existent pas, de produits de l’imagination, si ce sont des romans. Et dans le cas contraire, c’est pire, chaque professeur traite l’autre d’imbécile, chaque philosophe essaie de faire ravaler ses paroles à l’autre en braillant plus fort que lui. Ils courent dans tous les sens, mouchant les étoiles et éteignant le soleil. On en sort complètement déboussolé. »

 

Ray Bradbury, Fahrenheit 451 [1953] , première partie, p. 90-92, trad. Henri Robillot et Jacques Chambon, Folio SF, 2000

 

 

 

Le sentiment du mouvement - Ray Bradbury, Fahrenheit 451 dans Littérature (à l'exception de la poésie) tdy-120606-bradbury-obit-01.grid-6x2

Ray Bradbury (today.com)

 

 

 

L’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison – Camus, une de Combat du 8 août 1945

 

Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique.

On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

En attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d’aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d’idéalisme impénitent, ne songera à s’en étonner.
Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu’elles sont, annoncées au monde pour que l’homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d’une littérature pittoresque ou humoristique, c’est ce qui n’est pas supportable.
Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d’être définitive. On offre sans doute à l’humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d’une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

Au reste, il est d’autres raisons d’accueillir avec réserve le roman d’anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l’Agence Reuter* annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam*, remarquer qu’il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.
Qu’on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d’Hiroshima et par l’effet de l’intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d’une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d’une véritable société internationale, où les grandes puissances n’auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l’intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.
Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison.

 

Albert Camus, une du numéro de Combat du 8 août 1945

 

L'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison - Camus, une de Combat du 8 août 1945 dans Essais, philosophie... 746511

Albert Camus (salon-litteraire.com)

hiroshima12 dans Les grands combats

Dôme de Genbaku ou Dôme de la Bombe Atomique ou Mémorial de la Paix d’Hiroshima (media.sacbee.com)

Nous n’irons plus nus – la Chanson des canuts

Pour chanter «Veni Creator»,
Il faut une chasuble d’or. (bis)
Nous en tissons pour vous, grands de l’Église,
Et nous, pauvres canuts n’avons pas de chemise.
C’est nous les canuts
Nous sommes tout nus (bis).

Pour gouverner, il faut avoir
Manteaux ou rubans en sautoir (bis)
Nous en tissons pour vous, grands de la terre
Et nous, pauvres canuts, sans drap on nous enterre.
C’est nous les canuts
Nous sommes tout nus (bis).

Mais notre règne arrivera
Quand votre règne finira
Alors nous tisserons le linceul du vieux monde
Car on entend déjà la révolte qui gronde.
C’est nous les canuts
Nous sommes tout nus,
C’est nous les canuts
Nous n’irons plus nus.

« Chanson des canuts », composée en 1831 au moment de l’insurrection des ouvriers de la soie de Lyon, dans la version d’Aristide Bruant de 1910

Nous n'irons plus nus - la Chanson des canuts dans Poésie Revolte_des_Canuts_-_Lyon_1831_-_1

Scène de bataille dans les rues de Lyon en 1831 (wikimedia.org)

Publié dans : Poésie | le 5 juin, 2016 |Pas de Commentaires »

Pour ramasser des coquillages – Suétone, Vie de Caligula

 

XLVI. Ses immenses préparatifs de guerre, pour ramasser des coquillages

Enfin, comme pour terminer la guerre, il dirigea son front de bataille vers le rivage de l’Océan. Il disposa les machines, et les balistes, sans que personne connût ou pût deviner son dessein. Tout à coup il ordonna qu’on ramassât des coquillages, et qu’on en remplît les casques et les vêtements. « C’étaient, disait-il, les dépouilles de l’Océan dont il fallait orner le Capitole et le palais des Césars. » Il éleva, pour monument de sa victoire, une tour très haute où il fit placer des fanaux, comme sur un phare, pour éclairer les navires pendant la nuit. Il décerna aux soldats une récompense de cent deniers par tête, et, comme s’il eût dépassé toutes les libéralités anciennes : « Allez-vous-en, leur dit-il, allez-vous-en joyeux et riches. »

XLVII. Son triomphe

(1) Occupé ensuite du soin de son triomphe, il ne se contenta pas d’emmener les prisonniers et les transfuges barbares, il choisit les Gaulois de la taille la plus haute, et, comme il le disait, la plus triomphale, quelques-uns même des plus illustres familles, et les réserva pour le cortège. Il les obligea non seulement à se rougir les cheveux, mais encore à apprendre la langue des Germains et à prendre des noms barbares. (2) Il fit transporter, en grande partie par la voie de terre, à Rome, les galères qui lui avaient servi sur l’Océan. (3) Il écrivit à ses intendants de lui préparer son triomphe avec le moins de frais possible, et néanmoins de le faire tel que jamais on n’en eût vu de pareil, puisqu’ils avaient le droit de disposer des biens de tout le monde.

XLVIII. Ses desseins contre les légions révoltées après la mort d’Auguste

(1) Avant de quitter les Gaules, il conçut un projet d’une atrocité abominable ; c’était de massacrer les légions qui autrefois s’étaient révoltées après la mort d’Auguste, parce qu’elles avaient tenu assiégé son père Germanicus, qui les commandait, et lui-même, qui alors était enfant. On eut beaucoup de peine à le faire revenir d’un aussi aveugle dessein. Il n’en persista pas moins à vouloir les décimer. (2) Il les assembla donc sans armes, même sans épées, et les fit cerner par sa cavalerie. (3) Mais voyant que les soldats se doutaient de son projet, et que la plupart s’échappaient pour reprendre leurs armes et résister à la violence, il prit la fuite, et revint aussitôt à Rome, reportant toute sa rancune sur le sénat, qu’il menaça publiquement, afin de détourner l’effet de bruits si déshonorants pour lui. Il se plaignait, entre autres choses, qu’on ne lui eût pas décerné le triomphe qu’il méritait, oubliant qu’il avait défendu, peu de temps auparavant, sous peine de mort, que l’on parlât jamais de lui rendre aucun honneur.

 

Suétone, « Vie de Caligula », XLVI-XLVIII, Vie des Douze Césars, trad. Désiré Nisard, 1855

 

 

Pour ramasser des coquillages - Suétone, Vie de Caligula dans Littérature (à l'exception de la poésie) Gaius-Suetonius-Tranquillus

Caius Suetonius Tranquillus (shortbiography.org)

caligula-05 dans Littérature (à l'exception de la poésie)

Caligula (science-all.com)

Tu brilleras aujourd’hui, demain tu seras mon second – Montesquieu, Lettres persanes

 

Lettre 54

Rica à Usbek, à***.

J’étais ce matin dans ma chambre, qui, comme tu sais, n’est séparée des autres que par une cloison fort mince, et percée en plusieurs endroits ; de sorte qu’on entend tout ce qui se dit dans la chambre voisine. Un homme, qui se promenait à grands pas, disait à un autre : « Je ne sais ce que c’est, mais tout tourne contre moi : il y a plus de trois jours que je n’ai rien dit qui m’ait fait honneur, et je me suis trouvé confondu pêle-mêle dans toutes les conversations, sans qu’on ait fait la moindre attention à moi, et qu’on m’ait deux fois adressé la parole. J’avais préparé quelques saillies pour relever mon discours ; jamais on n’a voulu souffrir que je les fisse venir. J’avais un conte fort joli à faire ; mais, à mesure que j’ai voulu l’approcher, on l’a esquivé comme si on l’avait fait exprès. J’ai quelques bons mots, qui, depuis quatre jours, vieillissent dans ma tête, sans que j’en aie pu faire le moindre usage. Si cela continue, je crois qu’à la fin je serai un sot : il semble que ce soit mon étoile, et que je ne puisse m’en dispenser. Hier, j’avais espéré de briller avec trois ou quatre vieilles femmes, qui certainement ne m’en imposent point, et je devais dire les plus jolies choses du monde : je fus plus d’un quart d’heure à diriger ma conversation ; mais elles ne tinrent jamais un propos suivi, et elles coupèrent, comme des Parques fatales, le fil de tous mes discours. Veux-tu que je te dise ? La réputation de bel esprit coûte bien à soutenir. Je ne sais comment tu as fait pour y parvenir. — Il me vient une pensée, reprit l’autre ; travaillons de concert à nous donner de l’esprit associons-nous pour cela. Chaque jour, nous nous dirons de quoi nous devons parler, et nous nous secourrons si bien que, si quelqu’un vient nous interrompre au milieu de nos idées, nous l’attirerons nous-mêmes, et, s’il ne veut pas venir de bon gré, nous lui ferons violence. Nous conviendrons des endroits où il faudra approuver, de ceux où il faudra sourire, des autres où il faudra rire tout à fait et à gorge déployée. Tu verras que nous donnerons le ton à toutes les conversations, et qu’on admirera la vivacité de notre esprit et le bonheur de nos reparties. Nous nous protégerons par des signes de tête mutuels. Tu brilleras aujourd’hui, demain tu seras mon second. J’entrerai avec toi dans une maison, et je m’écrierai en te montrant : « Il faut que je vous dise une réponse bien plaisante que Monsieur vient de faire à un homme que nous avons trouvé dans la rue. » Et je me tournerai vers toi : « Il ne s’y attendait pas, il a été bien étonné. » Je réciterai quelques-uns de mes vers, et tu diras : « J’y étais quand il les fit ; c’était dans un souper, et il ne rêva pas un moment. » Souvent même nous nous raillerons, toi et moi, et l’on dira : « Voyez comme ils s’attaquent, comme ils se défendent ! Ils ne s’épargnent pas. Voyons comment il sortira de là. A merveille ! Quelle présence d’esprit ! Voilà une véritable bataille. » Mais on ne dira pas que nous nous étionsescarmouchés la veille. Il faudra acheter de certains livres qui sont des recueils de bons mots composés à l’usage de ceux qui n’ont point d’esprit, et qui en veulent contrefaire : tout dépend d’avoir des modèles. Je veux qu’avant six mois nous soyons en état de tenir une conversation d’une heure toute remplie de bons mots. Mais il faudra avoir une attention : c’est de soutenir leur fortune. Ce n’est pas assez de dire un bon mot ; il faut le répandre et le semer partout. Sans cela, autant de perdu ; et je t’avoue qu’il n’y a rien de si désolant que de voir une jolie chose qu’on a dite mourir dans l’oreille d’un sot qui l’entend. Il est vrai que souvent il y a une compensation, et que nous disons aussi bien des sottises qui passent incognito ; et c’est la seule chose qui peut nous consoler dans cette occasion. Voilà, mon cher, le parti qu’il nous faut prendre. Fais ce que je te dirai, et je te promets avant six mois une place à l’Académie. C’est pour te dire que le travail ne sera pas long : car pour lors tu pourras renoncer à ton art ; tu seras homme d’esprit malgré que tu en aies. On remarque en France que, dès qu’un homme entre dans une compagnie, il prend d’abord ce qu’on appelle l’esprit du corps. Tu seras de même, et je ne crains pour toi que l’embarras des applaudissements. »
À Paris, le 6 de la lune de Zilcadé, 1714.

 

Montesquieu, Lettres persanes, lettre 54, texte établi par André Lefèvre, A. Lemerre, 1873, pp. 114-116

 

Tu brilleras aujourd'hui, demain tu seras mon second - Montesquieu, Lettres persanes 1310414-Montesquieu

Montesquieu (larousse.fr)

Publié dans : Premiers articles | le 10 avril, 2016 |Pas de Commentaires »

« le petit bruit de l’oeuf dur cassé sur un comptoir d’étain » – Jacques Prévert, Paroles

La grasse matinée

Il est terrible
le petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim
elle est terrible aussi la tête de l’homme
la tête de l’homme qui a faim
quand il se regarde à six heures du matin
dans la glace du grand magasin
une tête couleur de poussière
ce n’est pas sa tête pourtant qu’il regarde
dans la vitrine de chez Potin1
il s’en fout de sa tête l’homme
il n’y pense pas
il songe
il imagine une autre tête
une tête de veau par exemple
avec une sauce de vinaigre
ou une tête de n’importe quoi qui se mange
et il remue doucement la mâchoire
doucement
et il grince des dents doucement
car le monde se paye sa tête
et il ne peut rien contre ce monde
et il compte sur ses doigts un deux trois
un deux trois
cela fait trois jours qu’il n’a pas mangé
et il a beau se répéter depuis trois jours
Ca ne peut pas durer
ça dure
trois jours
trois nuits
sans manger
et derrière ces vitres
ces pâtés ces bouteilles ces conserves
poissons morts protégés par les boîtes
boîtes protégées par les vitres
vitres protégées par les flics
flics protégés par la crainte
que de barricades pour six malheureuses sardines…
Un peu plus loin le bistrot
café-crème et croissants chauds
l’homme titube
et dans l’intérieur de sa tête
un brouillard de mots
un brouillard de mots
sardines à manger
œuf dur café-crème
café arrosé rhum
café-crème
café-crème
café-crime arrosé sang !…
Un homme très estimé dans son quartier
a été égorgé en plein jour
l’assassin le vagabond lui a volé
deux francs
soit un café arrosé
zéro franc soixante-dix
deux tartines beurrées
et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.
Il est terrible
le petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim.

Jacques Prévert, « La Grasse Matinée », Paroles, 1945.

 

Jacques Prévert en bonne compagnie (ele-vinneuf-prevert-89.ec.ac-dijon.fr)

 

Publié dans : Poésie | le 5 avril, 2016 |Pas de Commentaires »

Un sauvage et un bachelier – Voltaire, Dialogues et entretiens philosophiques

 

 

SECOND ENTRETIEN.

LE SAUVAGE. J‘ai avalé des aliments qui ne me paraissent pas faits pour moi, quoique j’aie un très bon estomac ; vous m’avez fait manger quand je n’avais plus faim, et boire quand je n’avais plus soif; mes jambes ne sont plus si fermes qu’elles l’étaient avant le dîner, ma tête est plus pesante, mes idées ne sont plus si nettes. Je n’ai jamais éprouvé cette diminution de moi-même dans mon pays. Plus on met ici dans son corps, et plus on perd de son être. Dites—moi , je vous prie , quelle est la cause de ce dommage.

LE BACHELIER. Je vais vous le dire. Premièrement, à l‘égard de ce qui se passe dans vos jambes, je n’en sais rien; mais les médecins le savent , et vous pouvez vous adresser à eux. A l‘égard de ce qui se passe dans votre tête, je le sais très bien; écoutez. L’âme, ne tenant aucune place, est placée dans la glande pinéale, ou dans le corps calleux, au milieu de la tête. Les esprits animaux qui s‘élèvent de l’e tomac montent à l’âme, qu’ils ne peuvent loucher parce qu’ils sont matière et qu’elle ne l’est pas. Or, comme ils ne peuvent agir l’un sur l’autre , cela fait que l‘âme reçoit leur impression; et, comme elle est simple, et que par conséquent elle ne peut éprouver aucun changement, cela fait qu’elle change, qu’elle devient pesante, engourdie , quand on a trop mangé ; de là vient que plusieurs grands hommes dorment après dîner.

Le SAUVAGE. Ce que vous me dites me parait bien ingénieux et bien profond ; faites-moi la grâce de m’en donner quelque explication qui soit a ma portée.

LE BACHELIER. Je vous ai dit tout ce qui peut se dire sur cette grande affaire; mais en votre faveur je vais un peu m’étendre : allons par degrés; savez-vous que ce monde-ci est le meilleur des mondes possibles?

LE SAUVAGE. Comment! Il est impossible à l’être infini de faire quelque chose de mieux que ce que nous voyons ?

LE BACHELIER. Assurément; et ce que nous voyons est ce qu’il y a de mieux. Il est bien vrai que les hommes se pillent et s’égorgent; mais c’est toujours en fesant l’éloge de l’équité et de la douceur. On massacra autrefois une douzaine de millions de vous autres Américains ; mais c‘était pour rendre les autres raisonnables. Un calculateur a vérifié que depuis une certaine guerre de Troie , que vous ne connaissez pas, jusqu’à celle de l’Acadie, que vous connaissez , on a tué au moins , en batailles rangées , cinq cent cinquante—cinq mil lions six cent cinquante mille hommes , sans compter les petits enfants et les femmes écrasées dans des villes mises en cendres; mais c’est pour le bien public: quatre ou cinq mille maladies cruelles, auxquelles les hommes sont sujets, font connaître le prix de la santé ; et les crimes dont la terre est couverte relèvent merveilleusement le mérite des hommes pieux, du nombre desquels je suis. Vous voyez que tout cela va le mieux du monde, du moins pour moi. Or les choses ne pourraient être dans cette perfection si l’âme n‘était pas dans la glande pinéale. Car… Mais allons pied à pied ; quelle idée avez— vous des lois, et du juste et de l‘injuste, et du beau, et du τὸ καλόν , comme dit Platon?

LE SAUVAGE. Mais, monsieur, en allant pied à pied, vous me parlez de cent choses à la fois.

LE BACHELIER. On ne parle pas autrement en conversation. Çà, dites—moi , qui a fait les lois dans votre pays ?

LE SAUVAGE. L‘intérêt public.

LE BACHELIER. Ce mot dit beaucoup; nous n‘en connaissons pas de plus énergique : comment l’entendez-vous, s’il vous plaît?

LE SAUVAGE. J’entends que ceux qui avaient des cocotiers et du mais ont défendu aux autres d’y toucher, et que ceux qui n’en avaient point ont été obligés de travailler pour avoir le droit d‘en manger une partie. Tout ce que j‘ai vu dans notre pays et dans le vôtre m’apprend qu’il n‘y a pas d‘autre esprit des lois.

LE BACHELIER. Mais les femmes , monsieur le sauvage, les femmes?

LE SAUVAGE. Eh bien! les femmes? elles me plaisent beau coup quand elles sont belles et douces : elles sont fort supérieures à nos cocotiers; c‘est un fruit où nous ne voulons pas que les autres touchent : on n‘a pas plus le droit de me prendre ma femme que de me prendre mon enfant. il y a, dit—on, des peuples qui le trouvent bon; ils sont bien les maîtres; chacun fait de son bien ce qu’il veut.

LE BACHELIER. Mais les successions, les partages, les hoirs , les collatéraux?

LE SAUVAGE. Il faut bien succéder : je ne peux plus posséder mon champ quand on m’y a enterré; je le laisse à mon fils : si j‘en ai deux, ils le partagent. J’apprends que parmi vous autres , en beaucoup d’en droits, vos lois laissent tout à l’aîné, et rien aux cadets; c‘est l’intérêt qui a dicté cette loi bizarre: apparemment les aînés l‘ont faite, ou les pères ont voulu que les aînés dominassent.

LE BACHELIER. Quelles sont, a votre avis, les meilleures lois?

LE SAUVAGE. Celles où l’on a le plus consulté l’intérêt de tous les hommes mes semblables.

LE BACHELIER. Et où trouve-bon de pareilles lois?

LE SAUVAGE. Nulle part, a ce que j‘ai ouï dire.

LE BACHELIER. Il faut que vous me disiez d‘où sont venus chez vous les hommes. Qui croit-on qui ait peuplé l’Amérique?

LE SAUVAGE. Mais nous croyons que c’est Dieu qui l’a peuplée.

LE BACHELIER. Ce n’est pas répondre. Je vous demande de quel pays sont venus vos premiers hommes?

LE SAUVAGE. Du pays d‘où sont venus nos premiers arbres. Vous me paraissez plaisante, vous autres mes sieurs les habitants de l‘Europe , de prétendre que nous ne pouvons rien avoir sans vous : nous sommes tout autant en droit de croire que nous sommes vos pères, que vous de vous imaginer que vous êtes les nôtres.

LE BACHELIER. Voilà un sauvage bien têtu!

LE SAUVAGE. Voilà un bachelier bien bavard!

LE BACHELIER. Holà, hé! monsieur le sauvage, encore un petit mot; croyez-vous dans la Guiane qu‘il faille tuer les gens qui ne sont pas de votre avis?

LE SAUVAGE. Oui, pourvu qu’on les mange.

LE BACHELIER. Vous faites le plaisant. Et la Constitution, qu‘en pensez-vous?

LE SAUVAGE. Adieu.

 

Voltaire, Oeuvres complètes, Dialogues et entretiens philosophiques (volume VI), VIII, « Un sauvage et un bachelier », second entretien, Firmin Didot Frères, 1843

 

 

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Voltaire au Panthéon (mikestravelguide.com)

 

 

 

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